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N° 105 Le parlement européen issu des élections européennes 2019 sera la premier élu après le Brexit.
___L’Union européenne à feu et à sang, en commençant par la Grèce..

mercredi 19 septembre 2018.

Frappée dans la nuit du 23 au 24 juillet par les incendies les plus meurtriers de son histoire récente, la Grèce a tenu à respecter trois jours de deuil pour honorer la mémoire des victimes mortes dans les flammes (plus de 90).

À Bruxelles, les drapeaux de la Commission Européenne ont été mis en berne pour rendre hommage aux familles et aux amis des victimes des incendies qui ont dévasté la région de l’Attique.

Sans attendre la fin du recueillement national, la classe politique grecque s’est lancée dans une violente mise en accusation des gouvernements grecs qui se sont tous montrés incapables de prendre les mesures qui auraient pu éviter un tel drame. Sans attendre la fin du recueillement européen, de nombreuses voix se sont élevées méchamment pour clouer une nouvelle fois au pilori les gouvernants grecs incapables de faire face à leurs responsabilités.

Les insuffisances grecques sont abondamment et longuement disséquées, par contre, dans la crise qui affecte la Grèce depuis plus de dix ans, la responsabilité de la Commission européenne et des différents pays de l’Union européenne n’est que trop rarement mise en avant .

Les banquiers qui dénoncent aujourd’hui les mauvaises pratiques économiques des gouvernements grecs, sont souvent ceux-là même qui ont conseillé les ministres en exercice et les ont les aidés à mieux truquer les comptes de la nation.

Les dirigeants européens, qui s’offusquent de mesures politiques qui s’avèrent désormais désastreuses, sont souvent les principaux artisans de leur mise en œuvre.

En 1951, sans le généreux accord du peuple français, le projet européen n’aurait jamais pu naître. Cet accord ne fut pas signé par les Français les yeux fermés, mais bien au contraire les yeux et le cœur bien ouverts. Seule, une grande foi en la paix, éclairée par la raison, permit aux anciens combattants français d’accorder leur clémence à leurs très anciens ennemis qu’ils venaient juste de cesser de combattre. Les Français et les Allemands qui avaient appris à se connaître au prix du sang et des larmes, pouvaient et savaient enfin se comprendre pour construire un avenir commun.

En 1972, pour que la CEE puisse s’élargir au Royaume-Uni, les dirigeants européens ont accepté de satisfaire les principales exigences formulées par les Britanniques. En passant de six à neuf États membres, la CEE n’a pas seulement changé de taille, mais a changé de nature et d’horizon.

Le lendemain de la dissolution du bloc soviétique, ayant oublié, ou ayant voulu oublier, les graves difficultés qu’il avait fallu surmonter pour parvenir au premier élargissement de la CEE, éblouis par l’indéniable réussite économique de la Communauté économique européenne, les fondateurs de la toute nouvelle Union européenne (1992) crurent pouvoir continuer à faire fi des pesanteurs de l’histoire, de la géographie, et de la culture des États demandant à en devenir membres.

Depuis le 23 juin 2016, le rêve d’une Union européenne, grande puissance post-nationale s’est évanoui. Le Brexit a brutalement rappelé aux Européens que les peuples de la vieille Europe restaient profondément attachés à leur souveraineté, à leur culture, et qu’ils refusaient de se laisser conduire aveuglément, là où ils ne voulaient pas aller.

Qu’après toutes les atrocités de la Seconde guerre mondiale, la France ait accepté de construire une paix durable avec l’Italie et plus encore avec l’Allemagne, tint du miracle. Avoir cru que ce miracle pouvait être étendu, renouvelé sans limite et sans réserve fut la plus grave erreur commise par les descendants des pères fondateurs de l’Europe.

Il a fallu plusieurs siècles pour que les plus anciens États-nations d’Europe acquièrent une certaine unité politique et culturelle. Au Royaume-Uni, en Espagne et même en France cette unité s’avère cependant toujours remise en question. Il est donc extrêmement surprenant que si peu de responsables politiques européens aient invité leurs collègues à la modération et à la prudence en matière d’élargissements. Les opposants à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne n’ont pu faire valoir leurs arguments, sans être accusés de grave islamophobie, qu’en 2013, deux ans après le développement de la crise turco-syrienne.

En raison de leur taille et de leurs rythmes, les divers élargissements de l’Union européenne l’ont fragilisée et divisée, au lieu de l’unir et de la renforcer comme certains « experts » l’affirmaient. En politique, comme en construction les agrandissements inconsidérés, rapides et mal maîtrisés peuvent conduire au pire.

Ce n’est malheureusement que dans la tourmente que l’on aperçoit les malfaçons.

Depuis plus de 10 ans, soufflent sans interruption sur l’Union Européenne nombre de vents mauvais. La crise monétaire internationale de 2008 a gravement affecté l’économie européenne. Les mesures de grande rigueur imposées dans les pays de la zone euro ont provoqué partout des crises sociales et politiques qui ont été gravissimes dans les pays les plus fragiles.

La faiblesse de la diplomatie européenne, certains parlent de son inexistence, n’a pas empêché l’Union européenne de se hisser, et de se maintenir pendant des années, au premier rang des puissances économiques mondiales. Dans le domaine économique l’union a indubitablement fait la force. Mais, depuis la crise syrienne (2011), la crise ukrainienne (2013) et surtout la crise migratoire (2015), il apparaît nettement que l’absence de diplomatie et de politique internationale cohérentes et unifiées fait cruellement défaut à l’Europe.

La diversité, la taille, et le nombre des États membres a été, et continue à être, un atout essentiel pour l’économie de l’Union européenne, par contre, pour ce qui est de sa diplomatie et de sa politique étrangère, cela constitue un handicap qui devient de plus en plus préjudiciable.

Contrairement à ce qu’ils ont eu la faiblesse de croire jusqu’alors, après l’élection du président Donald TRUMP, les pays qui s’étaient placés avec empressement sous la protection militaire quasi exclusive des États-Unis ont découvert que la sécurité que leur garantissait leur protecteur n’était pas entièrement gracieuse. Ils constatent aujourd’hui amèrement qu’en recevant cette protection ils perdent le peu de souveraineté qui leur restait, le droit de commercer librement.

La concurrence libre et non faussée, qui représente pour l’Union européenne une sorte de mantra, se trouve ainsi placée en résidence surveillée par les gendarmes américains. La formule magique dont les responsables européens sont si fiers devient ainsi vide de sens en ce qui concerne le commerce international et aussi, en bonne part, l’économie intra-européenne.

Les faiblesses, les insuffisances, et les prétentions, que l’Union européenne affiche dans tous les domaines, sont devenus si criantes que les moins rebelles des Européens tiennent de plus en plus à les dénoncer, à travers des votes populistes protestataires, et de plus en plus contestataires.

Pourtant tout avait si bien commencé. La Communauté économique européenne : quelle noble aventure et quelle belle réussite ! Le pari des fondateurs semblait présomptueux et hasardeux, tant les blessures de la guerre restaient vives au moment de la création de la CEE. Mais les six pays ravagés par la guerre, en s’obligeant à reconstruire leurs pays en ruine de concert, ont réussi très rapidement à reconstituer ensemble une zone économique d’une très grande puissance. Cette réussite économique exceptionnelle, mais géographiquement limitée, ne fut possible que grâce à la bienveillance des États-Unis et à leur indispensable participation financière.

Durant la Guerre froide, la « générosité » américaine n’était bien sûr pas désintéressée. Dans la bataille idéologique Est-Ouest, la vitesse avec laquelle les pays appartenant à la CEE recouvraient leur richesse, et acquéraient une très visible abondance, permettait à l’Occident capitaliste d’afficher sa supériorité face au monde soviétique communiste.

La supériorité du modèle économique mis en place dans la CEE par les divers gouvernements démocrate-chrétiens ou socio-démocrates, qui fut très vite évidente, donna au camp occidental un avantage comparatif absolument déterminant.

Bien qu’elles aient été continûment noircies par la propagande des divers partis communistes au pouvoir, les images qui parvenaient aux habitants qui vivaient dans l’aire soviétique restèrent d’un tel attrait, d’un point de vue économique, démocratique et social, qu’à l’Est, l’envie de passer à l’Ouest devint massive, notamment bien sûr en RDA.

C’est pourquoi, il suffit qu’un porte parole du gouvernement de l’Allemagne de l’Est commette une erreur de communication lors de sa conférence de presse le jeudi 9 novembre 1989 après midi, pour que le soir même, dans la plus grande des confusions, un immense flot de Berlinois puisse joyeusement franchir le Mur de Berlin, sans heurt, sans peur et sans haine.

On sait aujourd’hui que cet événement préludait à la fin du système soviétique. Le régime, pour lequel et contre lequel tant de gens étaient morts, n’avait plus alors que deux ans à vivre.

Les penseurs de gauche ont pu croire naïvement et brièvement que la disparition de l’épouvantail communiste annonçait partout le triomphe de la social-démocratie, en commençant par l’Europe. Ils durent très rapidement déchanter. Ils furent vite obligés de constater que les peuples, qui abandonnaient le modèle soviétique, n’avaient nulle envie de troquer leur défunte espérance communiste pour une hypothétique espérance social-démocrate.

Ce fut douloureux à admettre pour tous les « avant-gardistes éclairés », et si peu éclairants, mais il leur fallut se rendre à l’évidence. En 1989, ce qui faisait rêver les « masses » dans les pays de l’Europe Centrale et Orientale, ce n’était plus de construire une société sans classe. Horreur des horreurs, ce à quoi elles aspiraient c’était de pouvoir vivre comme les Occidentaux, dans la société libérale capitaliste, qui avait réussi à les convaincre que le bonheur se levait à l’Ouest.

Ainsi, après des dizaines d’années de collectivisme et de pauvreté si injustement partagée, les peuples de l’Europe de l’Est semblaient n’avoir plus qu’un but dans l’existence : l’enrichissement individuel.

Il fallait admettre l’impensable. Honnie à l’Ouest, par tous les adversaires du capitalisme, la pensée ultra-libérale de l’École de Chicago, fondée par le prix Nobel d’Économie, Milton FRIEDMAN, avait converti à l’Est des millions de sectateurs, bien avant la chute du Mur de Berlin.

Les maîtres de l’ultra-libéralisme, qui n’avaient jamais imaginé avoir formé de si nombreux disciples dans le monde soviétique, n’eurent donc pas à imposer les réformes économiques brutales qu’ils préconisaient.

En matière de brutalité, les élèves dépassèrent instantanément leurs maîtres. Dans tous les anciens pays du bloc soviétique, la mise en œuvre des mesures de privatisation, permit aux responsables politiques et économiques les mieux placés, et les moins scrupuleux, de faire main basse individuellement, « légalement », sur les plus beaux fleurons de la richesse nationale, jusqu’alors collective.

Bien évidemment, les oligarques des anciens pays communistes n’ont pu faire fortune qu’en commettant force abus de biens sociaux ou/et des délits d’initiés, avec la complicité d’aventuriers de la spéculation financière internationale, indispensables fournisseurs des capitaux nécessaires au rachat des actions distribuées aux travailleurs ayants-droit. Notons que pour optimiser et rentabiliser ces opérations, les futurs acquéreurs devaient impérativement trouver un biais pour faire baisser les cours artificiellement avant de lancer leurs offres d’achat.

Souvent juges et parties, les prédateurs des économies communistes ne furent pratiquement jamais mis en accusation pour leurs délits et pour toutes leurs pratiques déloyales. Bien que ces manœuvres et ces agissements fussent souvent bien visibles, ils firent rarement l’objet de dénonciation.

À l’Est, l’heure n’était pas à l’indignation.

La fin du communisme, version soviétique, apparut si facile aux anticommunistes, et si pitoyables aux procommunistes, que le monde des idées s’en trouva profondément chamboulé.

La simplicité avec laquelle le système s’écroula, eut des conséquences dont on mesure seulement aujourd’hui toute l’importance.

Personne alors n’a vu, ou voulu voir que les changements à l’Est, effectués dans le plus grand des désordres, dans la précipitation, étaient d’une terrible violence sociale et culturelle, laissant les populations les plus modestes et les plus fragiles totalement désarmées.

Personne, ni à l’Est ni à l’Ouest, n’imaginait que la désagrégation de l’empire soviétique pourrait se faire avec si peu de morts. La facilité et l’apparente tranquillité avec laquelle les chambardements les plus brutaux purent avoir lieu, laissèrent à penser qu’en matière de dépeçage du bloc soviétique tout était permis.Le capitalisme le plus sauvage pu se développer sans entrave.

À l’Ouest, dépitée par la lourde défaite idéologique qu’elle subissait, la gauche marxisante, se trouvant sans emploi, résolut de passer de la cause révolutionnaire à la cause humanitaire. Cela serait risible, si ce n’était ignoble, les anciens révolutionnaires léninistes, stalinistes, maoïstes, ou admirateurs des Khmers rouges, se muèrent ainsi instantanément en gardiens sourcilleux des droits de l’homme.

En France, ceux qui avaient cautionné, voire justifié, pendant des années toutes les exécutions révolutionnaires osèrent s’attribuer, sans vergogne, la paternité de l’abolition de la peine de mort.

BADINTER se retrouva ainsi embarqué dans la même charrette que ROBESPIERRE.

L’avant garde éclairée de la révolution se transforma rapidement en tribunal de la bien-pensance. Ceux qui n’avaient pas réussi à abolir l’exploitation de l’homme par l’homme, s’autoproclamèrent experts en matière de droit de l’homme, d’antiracisme, de multiculturalisme etc.

Selon les sectateurs du multiculturalisme, les sociétés cosmopolites et métissées sont dotées de toutes les vertus, elles seraient par essence tolérantes et apaisées. Pour eux, afin d’éviter les frictions, voire les affrontements, entre des identités culturelles différentes, il suffit d’institutionnaliser leur cohabitation, au sein de sociétés multiculturelles, « apaisées » par une lutte vigilante contre toutes les discriminations.

Pour la plupart des terriens, cette vision du monde culturel n’est ni évidente, ni naturelle, ni surtout conforme aux us et coutumes traditionnels, établis sur le vieux continent depuis des siècles. Lorsqu’au IVe siècle le futur Saint Augustin demanda à Ambroise de Milan si le jour de repos devait se prendre le samedi comme à Milan ou le dimanche comme à Rome, Ambroise lui répondit -"si fueris Romae, Romano vivito more ; si fueris alibi, vivito sicut ibi"- signifiant "Si tu es à Rome, vis comme les Romains ; si tu es ailleurs, vis comme on y vit".

Dans les pays occidentaux, le multiculturalisme est devenu une idéologie perverse, fondée sur l’inversion du devoir d’intégration. Traditionnellement, c’était la vocation de l’immigré de prendre le pli de la société d’accueil et d’apprendre à dire nous avec elle. Désormais, c’est la société d’accueil qui est sommée de se transformer pour accommoder la diversité. La culture nationale perd son statut de culture originelle ainée : elle n’est plus qu’un communautarisme parmi d’autres. De plus, elle doit avoir la grandeur morale de se dissoudre pour expier ses péchés passés contre la diversité.

Après les deux Guerres mondiales et suite aux violences de la colonisation, le nationalisme a été âprement combattu dans les démocraties occidentales. On est passé d’un amour exclusif et immodéré de la nation, à un rejet de tout ce qui est national. Les États nations sont devenus haïssables et l’amour de la patrie est apparu suranné.

Pour les élites occidentales mondialisées, la dissolution de la culture nationale de leur pays d’origine dans une multiculture mondiale est devenue le passage obligé pour aller vers la « paix universelle ». C’est devenu pour elles une exigence morale ( ?) .

Mais cette multiculture mondiale n’est en rien multiculturelle, elle est d’abord monolingue avec une pauvre langue, le globish, et de plus en plus mono-culturelle, adoptant presque exclusivement les modes de pensée et les codes nord-américains. C’est ainsi que certains veulent faire endosser aux Français de la Creuse qui n’ont jamais vu la mer, les horreurs du commerce triangulaire et de l’esclavagisme nord-américain.

Tandis que les peuples aspiraient à recouvrer leur identité culturelle originelle et leur fierté nationale sitôt leur libération du communisme advenue, les responsables de l’Union européenne, pétris des meilleures intentions du monde, s’efforçaient de bâtir une Europe post-nationale, à laquelle les États-nations étaient invités à abandonner l’essentiel de leur souveraineté. Cette divergence croissante entre la vision « union-européenne » et celle des pays du reste du monde a eu, et continue à avoir, de très graves conséquences.

Exacerbée, la fierté nationale conduit au nationalisme, mais lorsque l’identité nationale est dénigrée, voire niée, cela mène à une grande frustration et un grand malaise chez les gens modestes qui sont les premiers affectés par ce qu’ils ressentent comme un grand manque. Cette frustration et ce malaise se traduisent dans les urnes, c’est l’une des principales raisons des votes grandissants en faveur des partis populistes et extrémistes, de ceux qui restent attachés à leurs racines culturelles et territoriales.

-L’Enracinement-, sous-titré Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain, est l’un des ouvrages les plus importants écrit par la philosophe française Simone WEIL. Il a été rédigé à Londres entre janvier et avril 1943, alors que son auteure était engagée dans la France Libre et que le général DE GAULLE souhaitait pour la Libération une nouvelle Déclaration des droits de l’Homme. Après avoir lu le manuscrit que la philosophe lui avait adressé quelques mois avant sa mort, en Angleterre en août 1943, Albert CAMUS lança : « Il me paraît impossible d’imaginer pour l’Europe une renaissance qui ne tienne pas compte des exigences que Simone WEIL a définies dans L’Enracinement. »

En proposant une civilisation des « besoins de l’âme », en opposant à la civilisation des droits de l’homme celle des "obligations envers les êtres humains", Simone WEIL définit l’enracinement comme « le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine ».

« L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine. C’est un des plus difficiles à définir. Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l’existence d’une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d’avenir. Participation naturelle, c’est-à-dire amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l’entourage. Chaque être humain a besoin d’avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l’intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie. »

Les responsables de l’Union européenne ont commis une grave erreur en croyant que, pour faire avancer leur projet, l’homme nouveau européen pouvait et devait s’affranchir des contingences anthropologiques communes à tous les êtres humains.

Ce faisant, ils n’ont pas fait avancer leur projet, par contre ils ont libéré de nombreux espaces pour des revendications identitaires de substitution, régionalistes et immigrés.

La création de l’euro (1998) et l’élargissement inconsidéré et précipité de l’Union européenne, à dix nouveaux pays ayant vécu près d’un demi-siècle sous régime communiste (2004 et 2007), créa rapidement de grandes tensions entre les régions les plus riches d’Europe et les régions les plus pauvres.

Dès 2007, il fut clair que la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes dans l’Europe des 27, étaient bien faites pour les riches, mais qu’elle signifiait souvent pour les pauvres, misère ou exil.

Les Européens, qui prirent conscience qu’ils étaient condamnés à la rigueur à perpétuité, si les politiques menées sur injonction de l’Union européenne continuaient, cessèrent tout naturellement d’apporter leurs suffrages aux partis politiques qui approuvaient les mesures économiques mises en œuvre, même les plus douloureuses.

Les politiques d’austérité imposées aux États par la Banque centrale européenne et la Commission européenne, à la suite de la crise bancaire et financière de l’automne 2008, firent perdre aux Européens les plus modestes leurs dernières illusions. Fini pour eux d’espérer une Europe qui protège, une Europe qui comprenne enfin leur grande souffrance.

Le nombre de petites gens qui souffrent ne cessent d’augmenter dans les régions les plus défavorisées. Certaines sont gravement sinistrées, totalement désertées par les jeunes les plus instruits et les mieux formés.

Pour des raisons idéologiques, liées à l’histoire de l’Allemagne hitlérienne, l’Union européenne s’est toujours refusée à soutenir des politiques natalistes.

En 1998, la population allemande a culminé à 82 millions d’habitants. Depuis cette date le nombre d’Allemands diminue régulièrement.

Cette situation pose un problème au gouvernement et aux responsables économiques allemands. La position de la chancelière allemande, Angela MERKEL, en ce qui concerne l’immigration, est bien sûr liée à ce problème démographique.

Le déclin démographique allemand inquiète les responsables européens, par contre les diminutions de populations, bien plus importantes, dans plusieurs États de l’Europe Centrale et Orientale semblent les laisser indifférents.

Dans ce contexte démographique, vouloir imposer des contingents de migrants aux régions en déshérence, est une erreur psychologique, politique et ethnologique majeur.

À Bruxelles on n’est mal instruit des conditions très difficiles dans lesquelles vivent les habitants des régions en voie de désertification, en revanche les « derniers des Mohicans » sont parfaitement informés des faveurs qui sont faites continûment aux puissants dans l’Union européenne .

Ils ont depuis longtemps bien compris que l’Union européenne savait être conciliante avec les riches bien-portants, mais était intraitable avec les pauvres et malades.

Ils ont pu constater que, les prédateurs de la finance internationale, les vautours en tout genre pouvaient continuer à développer leurs activités criminelles, causes de famines, de guerres et de désastres écologiques, sans être sérieusement inquiétés.

La loi du 1er janvier 2018, qui a était mise en place pour lutter contre la fraude dite " la loi anti-fraude à la TVA", (obligation pour les commerçants d’utiliser des caisses certifiées par un organisme accrédité) , ne vise que les petits fraudeurs. Les grands fraudeurs, qui sont arrivés à détourner en 2017 environ 50 milliards (soit environ 100 euros par citoyen) grâce la fraude à la TVA transfrontalière, qualifiée communément de fraude carrousel, sont nullement concernés par cette loi.

Les « derniers des Mohicans » ont pu maintes fois vérifier que les donneurs de leçon n’étaient pas des donneurs d’exemple. C’est pourquoi les leçons de morale, que les puissants se croient autorisés à leur dispenser à tout sujet, sont pour eux révoltantes et proprement insupportables.

Lorsqu’ils s’entendent accusés de refuser d’accueillir des migrants, ils se sentent particulièrement incompris, victimes de remontrances totalement injustifiées, à leurs yeux.

Non, les Européens ne sont pas devenus soudain hostiles aux valeurs humanistes de l’Union européenne. Ils n’ont pas oubliés que ces valeurs sont les leurs, qu’elles sont consubstantielles de leur culture, de la culture qui a fait de l’Europe ce qu’elle est.

Tout le monde sait cela, et en premier les passeurs, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils invitent de si nombreux migrants à frapper à la porte de l’Europe et non à la porte de pays plus proches culturellement et géographiquement, ou plus riches économiquement. Asmara, capitale de l’Érythrée, se trouve à 1320 kilomètres de Ryad, capitale de l’Arabie Saoudite, et à 2917 kilomètres d’Athènes.

La différence n’est pas entre les Européens qui, ont du cœur et ceux qui n’en n’ont pas, mais entre les Européens qui ont des valeurs humanistes individualistes et ceux qui lient valeurs humanistes et intérêt collectif.

Le fait que le seul principe de légitimité encore accepté dans les pays de l’Union européenne soit la doctrine des droits de l’homme, ôte toute boussole à la vie sociale et à l’art du gouvernement.

Lorsque les règles qui régissent les États de droit sont continûment sommées de s’effacer devant les droits de l’homme, il n’y a plus, ni État de droit ni état de droit.

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En justifiant toutes les transgressions du droit commun au nom de la morale humaniste, la seule qui vaille encore à leurs yeux, les Européens se condamnent au désordre et à l’impuissance, aggravent les crises humanitaires qu’ils prétendent enrayer, et deviennent complices des pires injustices.

Les électeurs qui « votent mal » ne sont pas les responsables de la grave crise politique qui affecte aujourd’hui l’Europe, les coupables sont les dirigeants de l’Union européenne et des États membres, qui se sont montrés incapables de relever la plupart des défis auxquels l’Europe a dû, et doit de plus en plus, faire face.

Ceux qui sont aux manettes à Bruxelles, et la plupart des chefs d’États des 27, ont une fâcheuse tendance à oublier qu’ils sont les maîtres d’œuvre de l’Union européenne, comptables de toutes ses malfaçons et de toutes les erreurs commises.

De même que ce sont les mauvais médecins qui remplissent les salles d’attentes des guérisseurs, ce sont les mauvaises politiques qui remplissent les urnes de votes populistes.

« Le populisme n’est pas un virus affreux venu de l’extérieur et qui s’attaque à un corps sain. Le problème est avant tout intérieur pour nos démocraties. Le degré de populisme mesure l’échec des politiques mises en œuvre par les élites. » (Hubert VÉDRINE)

Sourds aux cris de détresse et de colère des populations en grave souffrance affective, de nombreux analystes politiques continuent à penser que le moteur du vote populiste est le racisme et la xénophobie et que le problème des zones dites « sensibles » est principalement d’ordre économique et sociologique.

Pendant plus de trente ans les gouvernants ont partagé ces analyses et calé leurs traitements sur ces diagnostics. Ils n’ont pas ménagé leurs efforts. Mais, bien qu’ils aient considérablement augmenté les doses, et jamais arrêté le traitement, l’infection combattue n’a jamais été aussi virulente.

Lorsque le traitement ne marche pas malgré les doses de cheval administrées, c’est qu’il est inadapté, parce que le diagnostic a été mal posé.

Les commentateurs politiques attribuent la récente flambée des votes populistes aux seules vagues migratoires venues récemment s’échouer sur les côtes Sud de l’Europe. Selon eux, ce n’est que par manque de compassion et de sens moral, que de nombreux électeurs refuseraient désormais leurs voix aux partis politiques traditionnels de gouvernement.

Or, la crise politique que vit actuellement l’Union européenne n’est pas liée à une seule cause, mais à deux causes indissociables :

- la crise humanitaire que vivent les migrants.

- la crise culturelle que vivent les populations des pays d’accueil.

Les responsables politiques et les directeurs de bonne conscience qui ont dispensé des leçons de morales et d’humanité en déclarant : «  on doit absolument accueillir les migrants  », ont oublié trop longtemps de préciser qui était ce « on  ».

Les électeurs populistes ne font pas partie de l’élite intellectuelle, mais ils ont acquis assez de jugeote et d’expérience pour savoir que lorsque les gens d’en haut disent «  on  », ils pensent « vous », les gens d’en bas. L’instrumentalisation de l’antiracisme, et l’exaltation du multiculturalisme ont mis fin à la transmission des savoir-vivre traditionnels, garants d’un savoir-vivre ensemble éprouvé par l’expérience et par le temps.

L’interdiction, qui tend à se généraliser, de toute critique des cultures, des religions ou des codes sociaux, venant de l’étranger, a perverti la façon de penser et d’agir des populations immigrées, et en retour celle des populations européennes ancestrales.

Pour ne pas être accusés de racisme, les adultes européens ont cessé de jouer le rôle qui est traditionnellement dévolu aux anciens sous toutes les latitudes, celui de faire respecter les codes sociaux et de transmettre les bonnes manières, les plus communément et les plus longuement établis.

Ce n’est pas le manque d’humanité des populations des pays d’accueil, vis-à-vis des migrants, qui a créée la crise politique actuelle, mais le souverain mépris qu’affichent nombre de responsables politiques et élites intellectuelles pour les cultures, les modes de vie et les codes sociaux ancestraux des Européens de vieille souche.

Les flux migratoires ayant sensiblement diminué depuis un an, les électeurs populistes sont accusés de nourrir, vis-à-vis des migrants, des peurs infondées. Les flux migratoires ont certes diminué, mais les leçons de morales qu’ils reçoivent n’ont jamais été aussi nombreuses, autant culpabilisantes, et surtout à leurs yeux, si injustifiées et si injustes. La carence affective dont souffrent les petites gens n’a donc jamais été aussi vive.

Les Chinois, les Japonais, les Vietnamiens, les Russes, les Nord-Américains, presque tous les peuples de la terre peuvent afficher sans gêne et sans honte leur fierté nationale, sans en recevoir le moindre reproche. C’est pourquoi les Européens de vieille souche ne comprennent pas qu’on puisse leur contester le droit d’être fier de ce qu’ils ont toujours été.

Les Européens ont appris à lire les images. Tout ce qu’ils voient à la télévision de ce qui se passe, à Calais, à la porte de la Chapelle, en Grèce, en Italie, ne peut les inciter à accueillir des migrants dans des conditions aussi chaotiques.

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Ils savent qu’ils ne partagent, d’évidence, ni la culture, ni surtout les codes sociaux de ces nombreux arrivants. Ils savent d’expérience que c’est le nombre qui fixe la norme.

Les Européens ont un cœur, une raison et aussi une âme. On prête aux électeurs populistes de biens mauvais sentiments. Ils sont accusés de jalousie. Les électeurs taxés de xénophobie savent ce que les nantis leur reprochent : « Ah, si ces « salauds de pauvres » acceptaient de partager ! ». Mais ils ne leur a pas échappé que ceux qui leur font la leçon, ne sont ni les plus démunis ni les contempteurs des milliardaires, les plus engagés. C’est pourquoi lorsqu’ils sont amenés à livrer le fond de leur pensée, on les entend dire : « messieurs les milliardaires partagez les premiers ».

Condamner l’attitude des Hongrois et s’affoler du résultat des élections en Allemagne, n’éclaire en rien le problème migratoire que tous les gouvernements européens ont à résoudre.

Ce que n’arrivent pas à comprendre les responsables politiques européens, c’est que les électeurs populistes n’ont pas peur de devoir partager les quelques biens matériels qu’ils possèdent encore, mais qu’ils craignent plus que tout de perdre le peu qui leur reste, leur âme, leur culture, leurs codes sociaux, des bien qui à leurs yeux restent les plus précieux.

En 2018, les « experts » n’ont toujours pas fait amende honorable, mais ils ont enfin admis que l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne était plus complexe et problématique que ce qu’ils avaient eu la légèreté de penser. Ils ont eu la mauvaise surprise de constater que, contrairement à la majorité des Européens qui se pensent désormais sans racines, les Turcs sont très attachés aux leurs, et n’ont pas oublié la splendeur ottomane.

Le moteur principal du vote populiste n’est ni social ni moral, il est culturel. Malheureusement, pour les responsables européens et les élites mondialisées d’Europe, l’insécurité culturelle n’est qu’un fantasme.

Comme le vertige, seuls ceux qui l’ont ressenti peuvent comprendre le malaise de ceux qui en souffrent.

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COMMENTAIRES

[ Le 20 septembre, 19 H30, ICEO] : On doit absolument accueillir les migrants. On, pronom indéfini, là est la question. Capito ?

[ Le 20 septembre, 13 H30, L. C. Laguiole] : Lorsque l’on parle de migrations vers l’Europe, il ne faut jamais oublier les données internationales concernant les migrations dans le monde. On peut rappeler les valeurs données en 2011 par la Cimade à partir des chiffres de l’ONU.

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LES MIGRATIONS INTERNATIONALES : FAITS ET CHIFFRES

Si la migration est un fait social évident, le développement des moyens de transport et de communication au siècle dernier a facilité ce déplacement de personnes à grande échelle et continue à jouer un grand rôle dans le rapprochement géographique.

L’écrasante majorité des personnes qui migrent le font à l’intérieur de leur propre pays. Le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) estime qu’il y aurait 740 millions de migrants internes dans le monde. Les migrants internationaux représentent eux 200 millions de personnes, soit 3% de la population mondiale. Le nombre total de migrants internationaux s’est accru ces dix dernières années, passant d’environ 150 millions de personnes en 2000 à 214 millions de personnes aujourd’hui. En revanche, le pourcentage du nombre de migrants par rapport à la population mondiale est resté stable ces cinquante dernières années.

Parmi les migrants internationaux, seul un tiers s’est déplacé d’un pays en développement vers un pays développé. En effet, contrairement à ce que les discours actuels portent à croire, la majorité des migrations ne s’effectuent pas du Sud vers le Nord. En réalité, seules 37 % des migrations dans le monde ont lieu d’un pays en développement vers un pays développé. La plupart des migrations s’effectuent entre pays de même niveau de développement : 60% des migrants se déplacent entre pays développés ou entre pays en développement.

Par ailleurs, 7% des migrants dans le monde (soit 15 millions de personnes) sont des réfugiés, la plupart vivant à proximité du pays qu’ils ont fui. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) démontre en effet que les principales régions d’origine des réfugiés ont aussi été les régions d’accueil de 75 à 93 % des réfugiés. En outre, on estime que 50 millions de personnes étaient des réfugiés environnementaux en 2010 et que 200 millions le seront d’ici 2050. .

[ Le 20 septembre, 13 H30, L. C. Laguiole] : Vous avez écrit :

Or, la crise politique que vit actuellement l’Union européenne n’est pas liée à une seule cause, mais à deux causes indissociables :

- la crise humanitaire que vivent les migrants.

- la crise culturelle que vivent les populations des pays d’accueil.

Vous avez oublié la cause première, la crise financière de 2008.

[ Le 19 septembre, 12 H15, G. P. Valleraugue] : Gros travail !

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Pour les économistes Rémi BOURGEOT, chercheur associé à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), spécialiste de la zone euro, et Eric TOUSSAINT, docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole international du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM), l’accord des ministres des Finances de la zone euro mettant fin à huit années de crise grecque offre, au mieux, une "amélioration conjoncturelle", au pire, "une sortie de crise en trompe l’œil". 22 JUIN 2018

Après de longues tractations, les ministres des Finances de la zone euro se sont entendus pour mettre fin à huit années de crise en Grèce. Réunis au Luxembourg, ils se sont mis d’accord sur les conditions de sortie d’Athènes de la tutelle de ses créanciers (zone euro et Fonds monétaire international) le 20 août comme prévu, et sur un dernier allègement important de la dette grecque.

L’accord prévoit d’allonger de dix ans les échéances de remboursement d’une grande partie de la dette grecque, dont le niveau reste le plus élevé de l’Union européenne (180% de son PIB), et permettre aux Grecs de ne commencer à rembourser une partie des prêts qu’à partir de 2032, contre 2022 jusqu’à présent.

Le pays, qui aura reçu quelque 300 milliards d’euros de prêts en échange d’un plan d’austérité, pourra ainsi recommencer à se financer seul sur les marchés.

Nous avons interrogé deux économistes, spécialistes du dossier : Rémi BOURGEOT, chercheur à l’IRIS et Eric TOUSSAINT, docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole international du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec, en fonctionnement jusqu’à octobre 2015.

Éric TOUSSAINT, que pensez-vous de l’accord signé par les ministres de la zone euro ? La Grèce est-elle sortie de la crise ?

E.T. : Il n’y a pas de sortie de crise du tout. Et par ailleurs au niveau de la zone euro, on ne peut pas dire que la situation soit particulièrement brillante non plus du point de vue des dirigeants européens. C’est une annonce de réduction de dette en trompe l’œil puisqu’il n’y a pas de réduction du stock de la dette et qu’il s’agit simplement de reporter de dix ans le début de certains remboursements, notamment ceux dus aux partenaires européens de la Grèce. Les montants à rembourser au Fonds monétaire international, à la Banque centrale européenne et aux créanciers privés, sont très importants et ils ne sont pas reportés dans le temps. Ils ont lieu en permanence.

Le FMI a fait 5 milliards d’euros de bénéfices sur le dos de la Grèce depuis 2010 et la BCE a quant à elle fait au moins 8 milliards de gains sur les titres grecs. En fait, le fond de l’accord, c’est qu’en prolongeant le calendrier de remboursement, on offre une récompense de consolation au gouvernement d’Alexis TSIPRAS qui a appliqué depuis trois ans les dizaines de réformes exigées par les créanciers. Après trois ans de politique d’austérité aussi dure, il fallait permettre à TSIPRAS de dire à la population grecque que l’austérité poursuivie finissait par donner un résultat. Mais les politiques antisociales imposées par les créanciers (FMI, BCE, Mécanisme européen de stabilité) seront renforcées. Les dirigeants européens avec cet accord du 22 juin ont voulu indiquer aux fonds d’investissement privés qu’ils pouvaient acheter des titres grecs à nouveau après le mois d’août car des garanties publiques étaient offertes.

Dans quel état économique est la Grèce ?

E.T. : Elle est dans un état lamentable. La chute du PIB par rapport à 2009-2010 est de près de 30%. Du point de vue des indicateurs macro-économiques, la Grèce est en mauvais état. 350 000 jeunes hautement qualifiés sont partis vers l’Allemagne, la France et d’autres pays du nord de l’Europe. La Grèce sera en évolution démographique négative, mis à part l’apport des réfugiés que le pays accueille qui ont permis en 2017 de maintenir l’équilibre. Désormais, on va passer à une décroissance de la population grecque. Le taux de chômage chez les jeunes atteint environ 40%.

Selon les chiffres d’Eurostat, 47% des ménages grecs sont en défaut de paiement sur l’un de leurs crédits et le taux de défaut sur les crédits dans les banques est également à plus de 46,5%. Que ce soit concernant l’emploi, le système financier et la production, la situation est extrêmement mauvaise et elle est le résultat des politiques imposées à la Grèce. Le pays est une victime expiatoire des politiques appliquées dans l’Union européenne. Laquelle a voulu montrer aux autres peuples de la zone euro que s’ils voulaient mettre au gouvernement une force porteuse de changement radical à gauche et en rupture avec l’austérité, il leur en coûterait très cher !

Qu’aurait-il fallu faire ?

En 2010, il aurait fallu résoudre la crise bancaire au lieu de maintenir à flot des banques privées qui avaient pris des risques énormes. Au lieu d’injecter des dizaines de milliards d’euros dans la recapitalisation de ces banques, il aura fallu les assainir et les transférer au secteur public. Il y a quatre banques en Grèce qui contrôlent 85% du marché bancaire grec. Il aurait fallu imposer aux banques allemandes et françaises, qui avaient prêté massivement au secteur privé grec, d’assumer leurs crédits risqués au lieu de créer une troïka qui a prêté de l’argent public à la Grèce afin qu’elle rembourse ces grandes banques. Politiquement, quand le peuple grec a choisi en janvier 2015 de soutenir une coalition qui proposait des changements importants en matière de justice sociale, il aurait fallu permettre à ce peuple de pratiquer la démocratie. Or la volonté démocratique a été systématiquement combattue par les autorités européennes, qui ont été satisfaites de la capitulation de TSIPRAS à l’été 2015, lors de la signature du troisième mémorandum qui a approfondi la crise grecque.

Aurait-il fallu effacer la dette grecque ?

E.T. : Bien sûr. Cela se pratique couramment. Quand la Pologne a quitté le pacte de Varsovie au début des années 90, ses créanciers occidentaux, lui ont octroyé 50% de réduction de dette. Quand l’Égypte participait à la même époque à la première guerre du Golfe, on a aussi annulé 50% de la dette. En Irak, après l’invasion américaine en mars 2003, on a octroyé 80% de réduction de dette. Donc des réductions de dette importantes, ça se réalise de manière répétée depuis des décennies. Et cela aurait été tout à fait nécessaire de le faire dans le cas de la Grèce. Il aurait fallu bien sûr procéder, avec la participation des citoyens et des citoyennes, à un audit des dettes pour déterminer les responsables, du côté grec et du côté des prêteurs. Il faut rappeler qu’en pourcentage du PIB, la Grèce est en 3ème ou 4ème position dans la liste des pays qui dépensent le plus en armes au niveau de la planète ! Et quels sont les principaux fournisseurs d’armes de la Grèce ? L’Allemagne, la France et les États-Unis ! Lors du premier mémorandum de 2010, l’un des postes budgétaires qui n’a pas été réduit : c’était le remboursement des commandes militaires. Et cela continue. Début 2018, Alexis TSIPRAS a rencontré Donald TRUMP et a annoncé pour 1,6 milliard d’euros d’achats d’armes aux États-Unis.

Rémi BOURGEOT, "La Grèce tourne une page" a déclaré le gouvernement grec après l’accord des ministres des Finances de la zone euro mettant fin à huit années de crise. Est-ce le cas en effet ?

R.B. : Au plan économique, la situation de la Grèce reste très préoccupante mais il y a effectivement eu un tournant avec un retour à la croissance et à l’équilibre des comptes publics. Sur une base toutefois déprimée puisque la Grèce a perdu un quart de son PIB au cours de la crise. Reste que l’amélioration permet de façon très prudente de mettre fin au programme d’assistance de l’Union européenne, avec des précautions, une aide possible et un retour sur les marchés progressif.

Le gouvernement allemand a eu tendance à avoir des attentes trop optimistes sur la capacité de la Grèce à rembourser sa dette, qui s’élève à environ 180% du PIB, tandis que d’autres gouvernements comme la France, mais aussi et surtout le FMI, ont mis la pression pour mettre en œuvre un allègement de la dette, soit en réduisant le montant facial en tant que tel, soit en changeant les modalités de remboursement. L’idée de réduire les montants étant encore taboue en Allemagne, les différentes parties se sont mises d’accord sur un rééchelonnement de la dette pour concrètement abaisser le montant des paiements de la Grèce à ses créditeurs européens sans effacer les créances pour autant..

Depuis le début de la crise, la dette a eu tendance à être transférée vers les créditeurs publics, c’est-à-dire au final vers les autres gouvernements européens, au travers des plans de sauvetage. Elle n’est plus que très peu dans les mains d’investisseurs privés. Il était ainsi plus aisé d’alléger les modalités de remboursement que lors de la grande restructuration de 2012, la plus grande de l’Histoire, qui avait envoyé des ondes de choc sur les marchés européens et mondiaux. Par ailleurs, sur le plan politique, les négociations étaient plus apaisées cette fois-ci, en raison de l’insistance du Fonds monétaire international, que lors des négociations théâtrales sur la mise au point de nouveaux plans de sauvetage.

La Grèce restera tout de même sous le coup d’une surveillance stricte de la part de ses partenaires européens.

R.B. : C’est une sortie du programme assez relative en fait. La Grèce s’inscrit dans tous les cas dans le cadre des règles européennes. Le gouvernement TSIPRAS a mis en œuvre une partie conséquentes des réformes demandées par la troïka, notamment en ce qui concerne les privatisations. Ce qui a conduit à un apaisement depuis 2015, quand l’Allemagne était prête à expulser la Grèce de la zone euro. Le rôle du FMI a été déterminant (notamment du fait de son expertise technique) pour démontrer qu’un assouplissement était indispensable.

Quels sont les signes encourageants et ceux qui le sont moins ?

R.B. : Les points négatifs relèvent surtout de l’affaissement de l’activité économique au cours des années de crise. La baisse des coûts dans de nombreux secteurs, notamment dans le tourisme, a pu accroître la compétitivité, mais de façon limitée seulement. En effet, la Grèce a une base industrielle insuffisante pour véritablement profiter de cette baisse des coûts. On ne peut pas comparer la situation grecque avec celle d’un pays plus industrialisé qui pourrait se relancer par les exportations manufacturières comme cela a été le cas en Espagne. En Grèce, ce processus d’abaissement des coûts ne produit pas automatiquement une relance par les exportations. Le déficit commercial a surtout été réduit du fait de l’effondrement de la demande. Donc la Grèce n’est pas encore aujourd’hui sur la voie d’un modèle économique qui lui permettrait de retrouver une forme de prospérité et de résorber son chômage de masse. Son marché de l’emploi reste largement destructuré. On a bien une amélioration mais sur une base préoccupante.

Ce qui est positif, c’est qu’il y a eu une reprise substantielle ces trois dernières années en Europe, mais le modèle économique grec reste problématique. Et les mesures imposées par la troïka n’ont pas résolu ces problèmes notamment concernant l’industrialisation du pays. Au contraire, il y a eu un effondrement des investissements et une dégradation des infrastructures. L’amélioration est donc plus de nature conjoncturelle mais sur le fond, les failles économiques se sont plutôt aggravées. Et il faudra surveiller dans les prochaines années le poids de cette fracture générationnelle. Malgré l’apaisement économique et politique ressenti en Grèce, plus globalement, j’ai le sentiment d’une décennie perdue pour le pays.

La société grecque a-t-elle changé en huit ans structurellement ?

R.B. : Il y a toujours un chômage de masse et on constate une fracture qui s’est agravée en particulier concernant les entrants sur le marché du travail. On a toute une génération qui a vécu une situation très particulière. C’est le cas d’ailleurs aussi en France dans une moindre mesure naturellement et dans le Sud de l’Europe. Les jeunes actifs ont payé un lourd tribut, nombre d’entre eux n’ayant jamais été employés de façon stable. Et cela va perdurer. Les gouvernements peinent à prendre conscience de ce sujet dans leur politique. Il s’agit pourtant d’un enjeu essentiel pour que l’Europe s’inscrive pleinement dans la révolution technologique en cours dans le monde.

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COMMENTAIRES

[Le 19 septembre , 15 H00, C. D. Saint Malo] : La Grèce a été admise dans la Communauté économique europpéenne le 1er janvier 1981. Dès son adhésion, elle a bénéficié de la Politique agricole commune (PAC). Les aides agricoles ont été personnalisées. Les primes étaient liées à la nature des exploitations et à leur superficie. Or on découvre en 2008 que la Grèce n’a toujours pas de cadastre. Est-ce que les Grecs sont seuls coupables ?

[ Le 19 septembre, 12 H15, G. P. Valleraugue] : Pauvres Grecs !



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