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N° 16 /N° 507 Le récit national fut élaboré au XIXe siècle pour conforter la nation
___ Pour un récit national positif

lundi 27 mars 2017.
Et si c’était çà qui manquait à la France ? Un récit national ni glauque ni peint en rose, juste un regard bienveillant pour un pays où on doit vivre ensemble.

Les amateurs de football, le sport le plus populaire et l’un des plus anciens, savent le rôle essentiel que jouent les associations de supporteurs pour la bonne marche et les performances d’un club. Avant une rencontre sportive prestigieuse, aucun commentateur chevronné n’omettrait d’évaluer la valeur respective des publics soutenant chacune des deux équipes, tant l’importance du "douzième joueur" est aujourd’hui unanimement reconnue. La remontada spectaculaire (6 buts à 1) du Barça face au PSG en apporta encore récemment la preuve.

La cohésion et la fidélité des publics de supporters se sont toutes créées autour de l’histoire plus ou moins romancée de leur club de prédilection. Il ne serait venu en effet à aucun dirigeant l’idée saugrenue, au nom de la « vérité historique », de mettre plus en lumière les pages sombres de son club que ses pages de gloire.

Ce qui vaut pour l’histoire dans le domaine du sport devrait peut être aussi valoir pour l’histoire de France ?

En octobre 2014, la sortie du livre, Le suicide français, du journaliste chroniqueur, Éric ZEMMOUR, a été l’occasion d’une violente polémique concernant la déportation des Juifs de France durant la seconde guerre mondiale. En prétendant, comme il le fait dans son livre, que c’est grâce à Vichy que le nombre de déportés depuis la France est l’un des plus faibles de tous les pays occupés, Éric ZEMMOUR ne pouvait pas douter un instant que ses écrits provoqueraient de nombreuses réactions hostiles. On peut donc soupçonner que ses affirmations, très contestables et très contestées, visaient peut-être à faire parler de son livre. L’auteur peut être satisfait. Grâce au parfum de scandale et malgré les critiques de nombreux historiens, le livre à prétention historique, voire philosophique, fut un énorme succès de librairie.

Dans le climat de suspicion généralisée créé par internet, les propos iconoclastes d’Éric ZEMMOUR ne pouvaient que susciter l’intérêt. Tous ceux qui remettent en question ce qui apparaît comme des vérités officielles, bénéficient d’un a priori favorable. Le sort des Juifs pendant la guerre étant un sujet particulièrement sensible, il n’est pas étonnant que le paragraphe ayant trait aux déportations sous Vichy ait été soumis aux critiques les plus acerbes.

Afin que la polémique autour du livre et de ce fameux paragraphe ne soit pas évacuée de façon caricaturale, il nous semble nécessaire de revenir au plus près des faits et surtout de relever toutes les uchronies (1) qui conduisent à des analyses historiques simplistes ou faussées.

Anti-Boches et anti-Juifs

En 2014, après plus d’un demi-siècle d’amitié franco-allemande et plus de 50 ans après Vatican II, de moins en moins de gens ont encore conscience de la haine du Boche et de la violence de l’antisémitisme qui régnaient en France avant la seconde guerre mondiale. Louis-Ferdinand CÉLINE, qui est probablement l’un des plus grands écrivains du XXe siècle et qui pour cette raison ne peut être passé sous silence, est présenté comme un antisémite pathologique ultra-minoritaire dans le paysage littéraire français d’avant et pendant la guerre. Or, on peut le déplorer, l’antisémitisme est resté ultra-répandu (2) dans la société et dans la littérature françaises jusqu’à la Shoah, malgré la Révolution française, malgré Napoléon 1er, malgré la réhabilitation du capitaine DREYFUS et l’attitude exemplaire des Israélites français durant la première guerre mondiale.

Pour bien mesurer cette donnée, il faut faire l’effort de lire quelques pages du livre de Lucien REBATET, Les décombres, qui est un des livres les plus antisémites, et comprendre que ce livre, qui est aujourd’hui quasiment illisible et difficile à trouver, a reçu de la critique un remarquable accueil lors de sa sortie en 1942 - critique qui s’est efforcée de faire oublier ses louanges après la Libération - et fut pour l’époque un exceptionnel succès de librairie.

Après guerre, la condamnation de l’antisémitisme comme la mémoire de la Résistance, ont souvent été portées par des personnalités dont l’attitude sous l’Occupation fut loin d’être exemplaire et pour le moins désinvolte. Les plus emblématiques représentants de ce comportement sont bien sûr Jean-Paul SARTRE et Simone de BEAUVOIR, dont les hagiographes honnêtes ne peuvent totalement passer sous silence leur attitude trouble pendant la guerre. Michel ONFRAY, qui n’a aucune sympathie pour tous ceux qui ont osé mépriser Albert CAMUS, dresse dans son livre, L’ordre libertaire, La vie philosophique d’Albert CAMUS, un portrait au vitriol de ces deux résistants virtuels et à retardement. Il accuse SARTRE d’avoir écrit dans des journaux « collabos » et de BEAUVOIR d’avoir tenu une chronique à Radio-Vichy.

Pour pouvoir juger le comportement des « Français d’en bas », il faut toujours le comparer à celui des « Français d’en haut ».

C’est dans ce bain culturel anti-Juifs et anti-Boches que la France fut touchée par l’une des plus grandes catastrophes militaires de son histoire. Vingt ans après la saignée de la guerre de 14-18, l’armée française fut rapidement défaite, malgré l’héroïsme (3) de ceux qui ont eu la possibilité de vraiment combattre. À la suite de l’exode qui a fait complétement imploser l’administration de la IIIe République, les deux Chambres (Sénat et Assemblée nationale), réunies en congrès à Vichy, s’empressèrent de remettre les pleins pouvoirs au maréchal Philippe PÉTAIN.

À la lumière de tout ce qui a été écrit et de tout ce qui a été projeté sur les écrans, peu de gens sont encore conscients que Philippe PÉTAIN n’est pas arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État formel. En confondant le sentiment populaire de 1940 avec celui de 1944, certains ont eu tendance, après guerre, à contester la légalité, voire la légitimité (c’est-à-dire opposé à la volonté du peuple) du vote du congrès qui n’avait réuni à Vichy qu’une partie des parlementaires.

Pour Guy MOLLET qui avait été fait prisonnier le 23 mai 1940 au Touquet-Paris-Plage (Pas-de-Calais) et qui avait vécu le drame de la débâcle, les choses étaient un peu moins simples.

Lors d’une conférence-débat à la faculté de droit de l’université de Caen en octobre 1965, l’ancien président du Conseil de la IVe République (1er février 1956 – 13 juin 1957), qui était farouchement opposé au principe de l’élection du président de la République au suffrage universel, au côté notamment du président du sénat Gaston MONNERVILLE et de l’ancien président du Conseil Pierre MENDÈS-FRANCE, s’efforça de convaincre son jeune auditoire des risques de confiscation du pouvoir suite aux référendums ou aux plébiscites. Il rappela aux étudiants en droit et aux professeurs, doctement avertis de la différence entre pouvoir légal et pouvoir légitime, que les plébiscites et les référendums pouvaient être des poisons mortels pour la démocratie. Pour finir son réquisitoire, il fit observer que, si le Maréchal PÉTAIN avait eu l’idée et avait pu confirmer le vote du congrès du 10 juillet 1940 par un plébiscite ou un référendum, il n’est pas douteux qu’il eût obtenu une écrasante majorité, et qu’il aurait été alors très difficile de lui refuser toute légitimité devant le tribunal de l’histoire.

Il a fallu attendre le film d’Alain RESNAIS, Nuit et Brouillard (1955), pour que la déportation envahisse l’espace médiatique et il a fallu attendre le film de Marcel OPHÜLS, Le Chagrin et la Pitié (4) (1971), pour que le mythe d’une France unanimement résistante soit justement écorné.

Il fallut attendre 1973 et la traduction de l’ouvrage de Robert PAXTON, La France de Vichy, pour découvrir que Vichy avait édicté une cohorte de lois sur le statut des Juifs (5) dès octobre 1940, sans que les Allemands ne lui en fassent l’obligation.

Après le film de Claude LANZMANN, Shoah (1985), plus personne ne pouvait ignorer l’horreur de la déportation des Juifs. Il fallut cependant attendre le remplacement de François MITTERRAND par Jacques CHIRAC pour qu’à l’occasion de la commémoration de la rafle du Vel’ d’hiv’ (16-17 juillet 1942), le tout nouvel élu (17 mai 1995) reconnaisse, devant le monument commémoratif, la responsabilité de la France dans la rafle et dans la Shoah, lors d’un discours qui rompait avec la position de tous ses prédécesseurs.

Bien sûr, avant Jacques CHIRAC, aucun président de la Ve République et encore moins de la IVe, n’ignorait le tragique événement. Mais l’ayant vécu de près (pour certains de trop près), ils refusaient que la France soit tenue d’assumer l’héritage d’un gouvernement qu’ils jugeaient illégitime et usurpateur. Ils savaient surtout qu’un grand nombre de leurs concitoyens qui ne s’était pas indigné en 1940 craignait d’être mis en porte-à-faux, au cas où des esprits malins auraient eu la méchanceté de rappeler leur attitude passive, voire leurs écrits serviles.

En 2014, on a du mal à croire que l’immense majorité des gens ne savait pas le triste sort qui était réservé aux Juifs déportés. En s’appuyant sur des témoignages partiels et limités, nombre de nos contemporains affirment que « tout le monde savait ».

Affirmer cela, c’est oublier la réalité des canaux d’information de la France des années de guerre : pas d’internet, pas de presse libre, pas de radio libre, et surtout, point essentiel, pas de source d’information fiable pour le commun des mortels. Il faut faire remarquer que ceux qui affirment que « tout le monde savait » sont souvent les mêmes qui condamnent le silence du pape, d’autant plus coupable qu’ils lui prêtent la quasi-exclusivité d’informations précises sur les camps d’extermination. Échaudés par les bobards de la première guerre mondiale, les Français qui recevaient des informations, qui ne pouvaient être que partielles et partisanes, ne pouvaient pas ne pas tenir en suspicion des rumeurs jamais avérées (6) par Radio Londres.

Les Français du XXIe siècle, formatés par le cinéma et la télévision, n’ayant pour la plupart pas vécu la seconde guerre mondiale, ont une vision fantasmée de l’Occupation. Peu savent que, dans cette France encore essentiellement rurale, la moitié de la population vivait à la campagne, souvent dans des petits villages. D’autre part, les effectifs des troupes d’occupation (7) ayant oscillé, selon les historiens, entre quelques dizaines de milliers et plus d’un million, et le gros des unités étant situé dans les grandes villes et surtout sur les côtes, de nombreux Français ont pu traverser la période de l’Occupation en ne croisant des soldats allemands que les jours de marché au chef-lieu de canton et en n’assistant jamais eux-mêmes à la moindre arrestation.

Dès novembre 1938 et pendant la guerre, de nombreux camps d’internement pour les réfugiés étrangers ont été ouverts en France, principalement dans le sud. Peu de gens dans cette époque de trouble et de disette, trouvaient offusquant que les étrangers fussent privés de liberté et d’assistance. En ce temps-là, il était communément admis que les étrangers fussent traités en « étrangers ». C’est pourquoi lorsque les étrangers juifs furent internés et déportés la plupart des gens pensèrent prosaïquement qu’ils allaient subir en territoire allemand un sort similaire à celui que de nombreux étrangers avaient vécu ou vivaient encore sur le sol de France. Enfin, avant de condamner le manque de compassion de nos compatriotes, il faut se souvenir qu’à la même période près de deux millions de Français étaient logés dans les stalags allemands, que les gens des villes souffraient du froid l’hiver, de la faim toute l’année et subissaient parfois en plus des bombardements.

Dans le climat culturel antisémite paroxystique des années 1940, dans cette période d’humiliation nationale, on aurait pu craindre qu’en France les Juifs redevinssent de commodes boucs émissaires et que, comme en Europe centrale, ils soient victimes de pogroms, avec ou sans la complicité des soldats allemands. Or, il n’y eut pas de pogrom en France sous l’Occupation, et pas de cris « mort aux Juifs » lors de leur arrestation avant leur déportation, parce que, bien qu’abondamment abreuvés de propos antisémites, les Français qui ont abandonné la pratique des pogroms avant le XIVe siècle, avaient conservé une haine des Juifs mais n’allaient pas jusqu’à souhaiter leur mort. L’un des derniers pogroms connu en Europe carolingienne est celui de Strasbourg en février 1349.

En 2014, on possède la liste, probablement exhaustive, des témoignages avérant, bien avant la fin de la guerre, l’ampleur des crimes contre l’humanité commis par les nazis. À partir de là, on veut en induire aujourd’hui, qu’en raison de tous ces témoignages, il est impossible que le sort tragique des déportés ait été ignoré. De nombreuses déclarations a posteriori accréditent l’idée que « tout le monde savait » et que donc tous les responsables politiques et administratifs impliqués dans la déportation des Juifs étaient des acteurs complices et lucides. Ces affirmations sont contestables car elles contredisent les témoignages des rescapés de Birkenau qui disent n’avoir appris leur sort probable que sur le quai de débarquement en arrivant au camp.

La plupart des accusations visant globalement les acteurs des déportations sont frappées du sceau d’une uchronie essentielle. Pendant la guerre, personne n’a pu faire la synthèse de témoignages, dont on n’a souvent appris l’existence et dont on n’a pu mesurer la valeur informative que longtemps après la guerre.

Le philosophe Raymond ARON, qui servit la France Libre à Londres, et qui en raison de sa situation était un des mieux informés, explique dans ses Mémoires son incrédulité et celle de ses contemporains : « Les chambres à gaz, l’assassinat industriel d’êtres humains, non, je l’avoue, je ne les ai pas imaginés et, parce que je ne pouvais pas les imaginer, je ne les ai pas sus ».

Il existe enfin une uchronie encore plus singulière, c’est celle qui consiste à faire des rédacteurs des lois antijuives promulguées par le régime de Vichy en octobre 1940, des acteurs objectifs de la solution finale dont le principe n’a été arrêté qu’en janvier 1942 lors de la conférence de Wannsee (8).

En jugeant les Français d’hier avec notre sensibilité d’aujourd’hui, on ne fait pas œuvre de bonne justice. Le terme génocide (9) est un néologisme qui n’a été formé qu’en 1944. En reprochant à nos ancêtres, a posteriori, de ne pas avoir respecté des règles morales qui n’avaient pas cours de leur temps, on ne fait qu’insulter gratuitement leur mémoire.

Lorsqu’on s’offusque aujourd’hui que le régime de Vichy ait voulu faire une différence entre les Juifs français et les Juifs étrangers, on méconnaît les canons démocratiques forgés sous la troisième République pour complaire à des électorats réclamant le principe de préférence nationale. Ce n’était alors qu’après avoir répondu à ses obligations militaires qu’un homme pouvait espérer être considéré comme Français. Et ce n’était qu’en tant que Français qu’on pouvait revendiquer l’assistance de la solidarité nationale.

C’est pourquoi, parmi ceux qui n’ont pas assisté personnellement aux arrestations de la rafle du Vel’ d’Hiv’ (10), peu ont été profondément choqués par l’événement. Loin des pleurs et des cris des enfants, ils ont considéré qu’il ne s’agissait que d’une mesure destinée à renvoyer des étrangers « chez eux ». Peu de Français étaient vraiment conscients que ce « chez eux », c’était l’enfer.

Cette différence entre Français et étrangers, que le régime de Vichy a défendue jusque devant les tribunaux à la Libération, qui apparaît aujourd’hui ignominieuse, était à ce moment communément admise comme un moindre mal, permettant de sauver des Français. Paradoxalement, on reproche à l’administration de Vichy d’avoir établie des listes préférentielles et l’on feint d’oublier (ou l’on méconnaît) qu’au même moment les responsables de l’Union générale des israélites de France (11) établissaient les leurs, en faisant le tri parmi leurs coreligionnaires sur des critères presque semblables.

La France sous Vichy, ni eau de source, ni cloaque

Tous les articles que l’on peut lire sur internet lorsqu’on tape les mots Vichy, sauvés, déportés, Juifs apparaissent bien dérisoires quand on sait qu’ils n’ont souvent pour seule finalité que de déclarer Vichy totalement coupable ou complètement innocent.

En 2014, il n’y a plus nulle urgence à chercher à savoir si le chef de l’État français était vraiment beaucoup plus antisémite (12) que la moyenne de ses concitoyens.

En revanche, alors que le pays est de plus en plus divisé par le communautarisme, il est particulièrement utile de chercher à savoir, et de faire savoir, comment et pourquoi, dans la France des années quarante, farouchement antisémite et profondément divisée, tant de Juifs, dont de nombreux Juifs étrangers, ont pu échapper à la mort que les occupants allemands leur promettaient ? Comment s’est-il fait qu’en France le pourcentage de Juifs déportés ou tués (26%), ait été un des trois plus faibles de tous les pays totalement envahis ? Comment se fait-il que ce soit en France, totalement occupée pendant plus de 20 mois, qu’en valeur absolue, le nombre de Juifs épargnés soit le plus élevé de tous (260 000) ?

La réponse qu’Éric ZEMMOUR apporte dans son livre à ces questions est contestée et très contestable. Mais elle a au moins un mérite, c’est celui d’obliger les Français à réviser leur jugement caricaturalement tranché sur l’attitude de leurs aïeux sous l’Occupation.

Depuis la Libération, les historiens se sont moins préoccupés de savoir qui avait sauvé les 74% de Juifs épargnés que de dénoncer qui avait livré les 26% de Juifs déportés. C’est pourquoi les Français ont fini par admettre qu’ils étaient tous plus ou moins « les enfants de ces salauds » qui avaient passé beaucoup de temps sous l’Occupation à spolier les Juifs et à envoyer aux Kommandanturs des lettres pour les dénoncer.

Avant la polémique autour du livre, combien de nos compatriotes avaient conscience que le peuple français avait écrit sous l’Occupation une des pages les plus glorieuses de l’histoire de France ? Cette page de gloire est tellement paradoxale, surprenante et méconnue, que nombreux se veulent les héritiers de ceux qui ont prétendu l’avoir écrite.

Même si le comportement de certaines personnalités a pu être un facteur important, parfois décisif, on ne peut réduire le mérite d’une telle prouesse humanitaire à un nombre limité d’acteurs.

1° Il est difficile de prétendre que le régime de Vichy a roulé les Allemands dans la farine, et qu’il a ainsi été le principal sauveur des Juifs de France, grâce à l’exceptionnelle rouerie de sa politique. Il est impossible de penser qu’en négociant avec les autorités allemandes les modalités précises de la rafle du Vel’d’Hiv’, Pierre LAVAL n’avait en tête qu’une obstination, sauver le maximum de Juifs. On ne peut affirmer que Vichy voulait la mort des Juifs, mais on n’a aucun élément permettant de prouver que leur mauvais sort empêchait tout vichyssois de dormir.

2° Serge KLARSFELD, qui en raison de son travail de recension de tous les déportés a été un des premiers dûment informés de la réalité des chiffres, a rendu continûment hommage aux Français qui ont si efficacement caché les Juifs pendant la guerre. Mais il a attribué principalement aux Justes parmi les nations, comme beaucoup d’historiens, la cause principale de la survie des Juifs en France. Or, il n’existe pas de relation entre le nombre de Justes dans les pays et le nombre de Juifs ayant échappé à la déportation. Il y a eu en France trois fois moins de déportés qu’aux Pays-Bas alors que le nombre de Justes par habitant y est plus de cinq fois inférieur. En Belgique et en Pologne où le nombre relatif de Justes est double de celui de la France, le nombre de déportés y est réciproquement deux fois et trois fois supérieur.

3° Le site media citoyen Agora Vox fait état du rôle déterminant qu’aurait eu un certain René CARMILLE alors qu’il était contrôleur général de première classe des armées et directeur du "Service National des Statistiques" au service du gouvernement de Vichy. Selon Agora Vox, ce spécialiste de la constitution de fichiers aurait saboté le travail qui lui avait été commandé et aurait établi des fichiers inexploitables par les forces occupantes. Les Allemands n’ont malheureusement pas eu besoin de fichiers établis par des fonctionnaires homologues de monsieur CARMILLE dans tous les pays où ils ont réussi à rafler plus de 60% des Juifs.

Reste l’explication, que beaucoup ont du mal à envisager tant leur mésestime du petit peuple est grande. Les Juifs de France ont été moins déportés que dans d’autre pays pour la raison simple qu’ils y ont été mieux dissimulés et protégés par l’ensemble de la population.

Alors que les Français n’avaient pas massivement réprouvé les lois sur le statut des Juifs en octobre 1940, à la suite de la rafle du Vel’ d’Hiv’, en juillet 1942, et surtout après l’invasion de la zone libre, le 12 novembre 1942, les Juifs ont pu trouver, surtout dans l’ancienne zone libre, aide et assistance, au fin fond de la campagne comme au cœur des villes.

Les Juifs français, qui connaissaient parfaitement les codes sociaux, culturels et linguistiques n’ont eu aucune difficulté à se fondre dans la population du lieu où ils avaient trouvé refuge. C’est pourquoi moins de 10% ont été déportés. Bien qu’ils n’aient pu se dissimuler aussi parfaitement, les deux tiers des Juifs étrangers ont réussi à échapper à la déportation.

On cite souvent en exemple le village de Chambon-sur-Lignon, où de nombreux Juifs ont pu trouver refuge. On admire le comportement exemplaire et la discrétion de tous les habitants, enfants compris. On s’extasie sur le fait que pas un seul villageois n’ait trahi le secret. Le village a été honoré du titre mérité de Juste parmi les nations. Selon les sources, 1 000 à 5 000 Juifs ont été sauvés à Chambon-sur-Lignon. Les 255 000 autres Juifs qui sont sortis sains et sauf de l’Occupation n’ont sûrement pas bénéficié de l’aide d’un village tel que Chambon-sur-Lignon, mais s’ils ont échappé aux arrestations, c’est qu’ils ont pu bénéficier de la bienveillante complicité et de l’assistance de familles françaises.

En France, seuls 3 550 titres de Justes ont été accordés (soit 91 par million d’habitants, un des plus faibles). Ce qui fait qu’admettre que seuls les Justes ont porté secours aux Juifs, revient à dire qu’en moyenne chaque Juste a pris en charge pendant plusieurs mois près d’une centaine de personnes, ce qui est bien sûr humainement et financièrement impossible. Ce qui signifie donc que la majorité des Juifs rescapés doit son salut à l’assistance d’un grand nombre de personnes simples et désintéressées et à la discrétion de leur voisinage. La plupart de ces très braves gens n’a bien sûr jamais pensé à réclamer la moindre reconnaissance, ils auraient même considéré cela comme contraire à leur honneur.

Lucie AUBRAC disait : « peu de Français étaient effectivement résistants, mais si tous les Français non-résistants avaient dénoncé les résistants qu’ils avaient croisés, la Résistance aurait été rapidement et totalement anéantie ». De même, peu de Français ont été reconnus Justes, mais si tous ceux qui ne l’ont pas été avaient souhaité la mort des Juifs rencontrés, il y aurait eu en France autant de Juifs déportés qu’en Europe orientale.

Dès qu’en juillet 1942, la déportation des Israélites est devenue effective et massive, les Français les plus divers ont fait preuve de beaucoup de générosité et d’imagination pour les soustraire aux rafles de la police allemande. Comme dans toute l’Europe, l’antisémitisme français trouvait ses racines dans le fond culturel chrétien et était profondément enraciné. Le peuple juif était toujours le peuple déicide (13) . Il est donc particulièrement intéressant de se pencher sur le comportement des catholiques et sur l’attitude de l’Église sous l’Occupation.

C’est peu de dire que le monde catholique a accueilli l’avènement du régime de Vichy et des valeurs qu’il prétendait défendre, avec beaucoup de sympathie. Pour la première fois depuis soixante-dix ans, l’Église pouvait espérer retrouver une partie de son magistère moral et de ses privilèges ancestraux. Pour la première fois depuis 1917, l’irrésistible montée du communisme athée était arrêtée. En 1940, les catholiques ne pouvaient pas savoir que le nazisme serait génocidaire ; par contre, ils pouvaient savoir, et de fait beaucoup savaient, que le communisme soviétique persécutait l’Église orthodoxe et que Staline était déjà responsable de millions de morts. Le pape Pie XI avait déclaré le communisme « intrinsèquement pervers » et dans une encyclique exceptionnellement rédigée en allemand, Mit brennender Sorge (Avec une brûlante inquiétude), il condamnait l’idéologie nazie, pour néo-paganisme et racisme. Pour les catholiques, le pacte germano-soviétique plaça les deux totalitarismes dans le même camp. Cela ne pouvait que renforcer leur aversion pour le communisme.

Philippe PÉTAIN, vainqueur de Verdun (14), vainqueur des Boches et anticommuniste reconnu, avait tout pour être considéré comme l’homme de la situation par les catholiques en général, et par la hiérarchie de l’Église en particulier. Comme nous l’avons déjà souligné, les lois antisémites de Vichy ne suscitèrent pas d’opposition majeure lorsqu’elle furent promulguées en octobre 1940. Lorsque les Allemands attaquèrent l’Union soviétique le 22 juin 1941, les catholiques français se sont retrouvés devant un choix de conscience très délicat, souhaiter la victoire de l’Allemagne, l’ennemi ancestral, ou souhaiter la victoire de la Russie, l’ennemi antireligieux.

Comment pouvaient-ils choisir alors entre deux régimes qui faisaient si peu cas des droits de l’homme ? Aujourd’hui, certains prétendent que le choix était évident. C’est paradoxalement ce que devait penser Pierre LAVAL le 22 juin 1942 lorsqu’il prononça le fameux discours qui lui vaudra la mort à la libération : « Ainsi donc, comme je vous le disais le 20 avril dernier, nous voilà placés devant cette alternative : ou bien nous intégrer, notre honneur et nos intérêts vitaux étant respectés, dans une Europe nouvelle et pacifiée, ou bien nous résigner à voir disparaître notre civilisation ». L’antisémitisme et l’anticommunisme des catholiques français ne suffirent par pour qu’ils adhérassent massivement au discours de Pierre LAVAL. Depuis qu’il avait été écarté du pouvoir par le maréchal le 13 décembre 1940, cet ancien socialiste anticlérical, qui se vantait d’être « nul en laïcité », ne bénéficiait plus de beaucoup d’indulgence de la part des évêques de France.

Lorsque le 26 août 1942, deux mois avant que les Allemands occupent la zone libre, le gouvernement LAVAL lance des rafles dans le Tarn-et-Garonne, l’évêque de Montauban, Pierre-Marie THÉAS, réagit immédiatement en faisant lire dans toutes les paroisses à la messe du dimanche 30 août une lettre épiscopale qui eut un retentissement jusqu’à Londres et à Washington :

« Des scènes douloureuses et parfois horribles se déroulent en France, sans que la France en soit responsable. À Paris, par dizaines de milliers, des Juifs ont été traités avec la plus barbare sauvagerie. Et voici que dans nos régions on assiste à un spectacle navrant : des familles sont disloquées ; des hommes et des femmes sont traités comme un vil troupeau et envoyés vers une destination inconnue, avec la perspective des plus graves dangers (15).

Je fais entendre la protestation indignée de la conscience chrétienne et je proclame que tous les hommes, aryens ou non aryens, sont frères parce que créés par le même Dieu ; que les hommes, quelle que soit leur race ou leur religion, ont droit au respect des individus et des États. Or les mesures antisémitiques actuelles sont un mépris de la dignité humaine, une violation des droits les plus sacrés de la personne et de la famille. »

Lorsque Mgr SALIÈGE à Toulouse et Mgr THÉAS à Montauban se sont publiquement insurgés contre les violences faites aux Juifs, cela faisait déjà de long mois que de nombreux prêtres et de nombreux catholiques, engagés dans les mouvements de solidarité, aidaient les Juifs à masquer leur judéïté, notamment avec des faux certificats de baptême.

Les Français, catholiques compris, ont prouvé pendant la guerre que, bien qu’antisémites, ils n’étaient pas génocidaires (16). Comme le montre avec talent Michel SIMON dans le film Le vieil homme et l’enfant, un Français pouvait proférer des propos très antisémites et ne pas supporter qu’on fasse le moindre mal à un enfant juif.

En ne trahissant en rien la vérité historique

Pour « conforter la nation » (expression utilisée par François HOLLANDE le 9 octobre 2012 dans son discours à la Sorbonne), il est important que les nouveaux immigrés acquièrent, comme leurs aînés, l’envie de devenir des citoyens français de plein droit, mais il est non moins important que les nouveaux et les anciens Français les plus modestes se sentent fiers de le demeurer.

Comment les jeunes Français, qui devraient avoir de la reconnaissance et de l’affection pour les aînés qui leur ont transmis un immense héritage architectural, économique, scientifique et culturel, pourraient-ils garder une certaine estime d’eux-mêmes, alors qu’on leur rappelle à longueur d’émissions que leurs pères ont été collaborateurs, racistes, antisémites, esclavagistes, colonialistes, etc. ?

Les exercices de repentance sont salutaires pour la bonne santé morale d’un peuple, mais ils deviennent délétères s’ils ont seuls droit de cité. Certains discours sont tellement singuliers et répétitifs qu’on peut parler à leur endroit d’une véritable incitation à la haine de soi.

De nombreux professeurs d’histoire, enseignant dans des quartiers dits « difficiles », se plaignent de l’impossibilité qu’ils ont d’enseigner certains chapitres du programme, notamment ceux concernant la Shoah. De nombreux élèves d’origine maghrébine refusent d’entendre parler des « pages les plus noires de l’histoire de France ». Ils jugent cet enseignement instrumentalisé. Pour eux, la compassion pour les victimes juives d’hier ne vise qu’à relativiser la compassion pour les victimes arabes d’aujourd’hui. Les parents n’ayant aucune responsabilité dans les crimes commis, leurs descendants ne voient aucune raison de s’associer aux exercices de repentance que l’école veut leur imposer, surtout si cela apparaît comme le prix qu’on leur demande de payer pour pouvoir se sentir aussi Français que leurs camarades non-immigrés.

Comment peut-on avoir la folie de demander à des fils d’immigrés d’adhérer à un roman national qui ne semble fait que de pages noires et honteuses ? Alors que sous la Troisième République le roman national était surtout peint en rose, depuis plusieurs dizaines d’années, les cours d’histoire de France se muent de plus en plus en acte de contrition. Il serait judicieux d’insister beaucoup plus sur les verres au trois quarts pleins que sur les verres au quart vides.

En enseignant la rafle du Vel’ d’Hiv’ on peut soit insister sur les policiers français qui ont exécuté les ordres de leur commandement leur enjoignant d’arrêter les familles juives, comme négocié avec les autorités allemandes d’occupation, soit insister sur tous les gestes d’humanité, dont les policiers et les voisins des Juifs raflés ont fait preuve, et qui ont réduit de moitié par rapport aux exigences allemandes, le nombre effectif des Juifs déportés. On peut de plus faire remarquer que les policiers qui ont participé contraints aux rafles à Paris, sont les mêmes que ceux qui ont donné le signal de l’insurrection le 19 août 1944. C’est en raison de ces actes de résistance que la police parisienne a reçu la fourragère de la Légion d’honneur après la Libération. Reprocher aux policiers de la zone occupée de ne pas avoir adopté une attitude républicaine et d’avoir pourchassé les communistes, c’est faire simplement l’impasse sur le pacte germano-soviétique et la victoire de l’Allemagne.

En enseignant la déportation des Juifs en Europe durant la guerre, on peut soit insister sur les pays envahis où la police et la population ont le plus collaboré à leur arrestation, soit insister sur les pays où, grâce à l’héroïsme de gens qui ont risqué leur vie, le plus de Juifs ont été sauvés. En faisant connaître la simple réalité des chiffres, on ne trahit en rien la vérité historique. On fait juste passer sur le devant de la scène, ceux qui sont le plus méritants, en ne trahissant en rien la vérité historique.

(1) Uchronie : est un néologisme du XIXe siècle fondé sur le modèle d’utopie, avec un « u » négatif et « chronos » (temps) : étymologiquement, le mot désigne donc un « non-temps », un temps qui n’existe pas.

(2) Antisémitisme ultra-répandu : https://fr.wikiquote.org/wiki/Antis...

(3) Héroïsme : durant la Bataille de France, il y a eu jusqu’à 2 700 morts par jour (9 juin 1940).

(4) Le Chagrin et la Pitié : Le chagrin et le venin : http://www.association-iceo.fr/spip...

(5) Lois contre les Juifs de Vichy : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_c...

(6) Jamais avérés : Radio Londres a fait plusieurs fois état de massacres mais jamais de solution finale, ni bien sûr de génocide (néologisme).

(7) Effectifs des troupes : http://www.marianne.net/Occupation-...

(8) Wannsee : http://fr.wikipedia.org/wiki/Confé...

(9) Génocide : C’est un professeur américain de droit d’origine juive polonaise, Raphael LEMKIN, qui créa le mot. À la date de sa création, l’extermination des Indiens d’Amérique du Nord était depuis longtemps accomplie et la discrimination raciale régnait encore dans de nombreux États du Sud. C’est probablement pourquoi le massacre de masse des Indiens par l’armée des Etats-Unis ne fut pas immédiatement reconnu comme l’un des génocides les plus aboutis.

(10) Rafle du Vel’ d’Hiv’ : Pierre LAVAL, venu à Paris le 27 juin 1942, accepta d’exécuter les exigences allemandes, de mettre la police française à la disposition de la Gestapo pour alimenter le programme allemand de déportation, mais refusa de donner les jJuifs de nationalité française. C’est pourquoi les 13 152 premiers déportés (hommes, femmes et enfants) étaient soit des apatrides, soit des étrangers réfugiés en France.

(11) Union générale des israélites de France : http://fr.wikipedia.org/wiki/Union_...

(12) Plus antisémite : Philippe PÉTAIN était au moins aussi antisémite que l’ensemble des Français qui vivaient à cette époque. Pourquoi semble-t-il l’a-t-il été un peu plus ? Plusieurs biographes insistent sur les ressentiments qu’aurait nourris le futur maréchal de France en raison de la promotion, selon lui injustifiée, de certains de ses frères d’armes, aussi connus pour leur incompétence militaire que pour leurs intrigues politiques. Nombre de ces incompétents ayant été identifiés comme proches des milieux juifs et francs-maçons, Philippe PÉTAIN en aurait nourri une profonde animosité contre les Juifs et les francs-maçons. Les incompétences dénoncées n’étaient pas imaginaires. Le général JOFFRE dut se résoudre à procéder à un limogeage massif dès la fin août 1914 : 2 commandants d’armée (Lanrezac et Ruffey), 9 de corps d’armée, 33 (sur 72) généraux de division et de nombreux généraux de brigade. Il y eut probablement des limogeages injustifiés ; cependant, du point de vue militaire, l’histoire a tranché : les nouveaux promus ont largement contribué à la victoire de la Marne.

(13) Peuple déicide : une manifestation peu connue de l’antisémitisme culturel et religieux avait lieu en pays catalan jusque dans les années 1950. Le Jeudi Saint après-midi, les enfants se rendaient à l’église avec force maillets ou marteaux. Ils étaient en effet invités à taper sur les bancs en criant « matar els Jueus » (à mort les Juifs). À l’époque, aucun Juif n’avait plus été tué en Espagne (Catalogne sud) ou dans les Pyrénées Orientales par antisémitisme depuis des siècles. Il faut noter en plus que le régime de Franco a été un de ceux qui ont fait le plus pour sauver des Juifs.

(14) Vainqueur de Verdun : contrairement à ce que de plus en plus d’historiens prétendent aujourd’hui, le titre de vainqueur de Verdun ne lui fut pas donné à la suite d’une habile campagne de communication, mais en raison de la reconnaissance des poilus qui ont pu comparer son commandement humain à celui de ses prédécesseurs qui les avaient envoyés à la tuerie sans une préparation d’artillerie optimale.

(15) Avec la perspective des plus graves dangers : l’évêque ne pense probablement ici qu’à des meurtres commis en Ukraine et en Russie dont il aurait pu être informé, mais pas à la solution finale impensable à cette date.

(16) Génocidaires : les policiers qui ont été requis pour procéder à la rafle du Vel’ d’Hiv’ sont souvent rendus personnellement coupables et responsables de cette ignominie. Les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 personnes ont été appréhendées par la police française, dont 4 000 enfants de moins de 16 ans qu’il n’avait pas été initialement prévu de déporter. C’est beaucoup... et néanmoins deux fois moins que le quota fixé par les Allemands et la préfecture de police ! En effet, les actes de solidarité n’ont pas manqué : quelques policiers ont laissé fuir leurs victimes, certains les ont averties la veille, des concierges, des voisins, des anonymes ont ouvert leurs portes et caché des Juifs...

COMMENTAIRES

[Le 3 mai 2018, Paul C., Colmar] :

L’Allemagne n’est pas le seul pays à connaître des pogroms après la Première Guerre mondiale. En 1929, 67 Juifs sont assassinés par les Arabes de Palestine à Hébron.

Un autre pogrom a lieu du 3 au 5 août 1934 à Constantine, alors en Algérie française. Près de 1 800 personnes sont touchées par les pillages. La police française laisse faire.

[...]

Le dernier pogrom antisémite en France a eu lieu le 29 février 1848 à Durmenach et sa région dans le Haut-Rhin. Il est également appelé Juden Rumpel ou Judenrumpell. Un odonyme (Rue du 29-Février) rappelle cet évènement.

(Source Wikipedia)

[…] Au XIXe siècle : Le dynamisme de la communauté juive de Durmenach transforme le village en un centre économique et commercial florissant. De 600 habitants en 1807, la population augmente à 1038 en 1821 et à 1111 en 1841 (soit presque doublé en 40 ans).

La communauté dispose de ses structures : école de filles et de garçons (ces écoles seront d’ailleurs au centre de vives tensions durant tout le XIXe siècle), une synagogue construite en 1803 et, selon des témoignages oraux, ils bénéficiaient d’un bain rituel, aménagé derrière la synagogue. Et enfin, elle est le siège d’un rabbinat de 1803 à 1910. Parmi ses rabbins, s’illustrera le rabbin Salomon Wolf Klein, particulièrement aimé par M. le Grand rabbin, qui fut le chef de file de l’"orthodoxie" au sein du rabbinat français. Il exerça successivement à Biesheim, Rixheim et Durmenach de 1842 à 1847, et fut élu Grand Rabbin du Haut-Rhin en 1850, fonction qu’il remplit jusqu’en 1867, année de sa mort.

Les habitants juifs participèrent à toutes les équipes municipales à partir de 1822. En 1831, ils disposent de six conseillers sur douze. Après les élections de 1848, ils sont sept et réélisent Aaron Meyer, maire depuis 1840. Il est le seul maire juif de l’histoire de Durmenach et exerce cette fonction jusqu’au 5 mai 1851, date de sa démission.

De 1855 à 1857, le conseil municipal désigne David Bloch pour faire office d’adjoint au maire. En 1860, le conseil comprend sept Juifs et cinq en 1865.

Malheureusement, cette cohabitation ne se déroule pas sans heurts. Et c’est très probablement les évènements de 1848 qui vont faire changer l’harmonie du village et qui créera une faille entre ses deux communautés. Elles sera le début du déclin de la population juive qui cherchera refuge vers d’autres horizons.

En effet, lors de la Révolution de février 1848 qui chassa du pouvoir Louis-Philippe et qui provoqua l’installation de la Seconde République, cela entraîna déjà dans la population une certaine déstabilisation. Il faut ajouter à cela les campagnes meurtries par les récoltes catastrophiques de 1845 et 1846, puis la crise économique qui s’en suivit. Les passions se déchaînèrent à nouveau contre les juifs. Les paysans qui avaient contracté des dettes auprès de ceux-ci considérèrent ces derniers comme responsables de la crise. Dans le Sundgau, mais également dans le Bas-Rhin, ont eu lieu de véritables émeutes. Les faits les plus graves se produisirent à Durmenach du 29 février au 3 mars 1848.

Il s’agit d’un véritable pogrom (le dernier en France !).

La population juive qui représente 56% des habitants de la commune est attaquée par environ 2000 assaillants ! Ces derniers arrachent les toitures des maisons juives, mettent le feu à de nombreuses demeures et détruisent les biens de leurs concitoyens juifs qui s’enfuient pour sauver leur vie. Le curé du village intervient et donne asile aux juifs trop âgés pour fuir, mais il est gravement menacé par les manifestants.

Dieu merci, il n’y eut pas de victime.

Les dommages seront importants, tant pour les personnes privées que pour l’ensemble de la communauté qui se retrouve avec sa synagogue détruite de fond en comble, ainsi que son mobilier.

Les dédommagements réclamés viendront tard, et seulement partiellement, ce qui entretiendra encore une certaine tension dans la population. […]

(Source DURMENACH - 08 novembre 2009 Inauguration de la stèle de la synagogue. Allocution de Raphaël BREISACHER, rabbin de Saint-Louis et Durmenach)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pogro...



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