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N° 57 Remise en ligne d’un article rédigé en 2013
___ Notre Dame des Landes : la démocratie représentative tournée en dérision.

mardi 12 décembre 2017.
La Chapelle-Basse-Mer 44450, le 11 septembre 2013

Le gouvernement français doit prendre une décision définitive sur le projet controversé d’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes, près de Nantes (Loire-Atlantique), très prochainement. Un ultime rapport d’experts sur le sujet doit être remis mercredi 13 décembre 2017 au Premier ministre Edouard PHILIPPE, qui veut donner rapidement de la visibilité et de la lisibilité à l’action publique.

À la veille de la publication de ce rapport, et à la veille de la prise de décision du gouvernement, nous remettons en ligne les données qui peuvent encore aujourd’hui éclairer le débat.

Texte rédigé en septembre 2013 François HOLLANDE étant président de la République et Jean-Marc AYRAULT étant Premier ministre

Le débat qui a précédé la loi, désormais appelée Taubira, a montré qu’il est impossible en démocratie, faute de consensus, de faire voter sereinement une loi qui heurte les convictions profondes multiséculaires de très nombreux citoyens.

Il est surprenant que les élus de la majorité présidentielle actuelle, aient été surpris par l’importance de la mobilisation des opposants à la loi pour le mariage pour tous, alors qu’ils reconnaissaient que son adoption marquerait un véritable changement de civilisation.

Conformément à la logique de la Cinquième République, les élections législatives ont donné au président nouvellement élu une confortable majorité, grâce au scrutin majoritaire à deux tours. En votant pour que le président fraîchement élu puisse mener une politique différente de celle du président sortant, la plupart des électeurs ne pensaient certainement pas lui donner un blanc-seing pour qu’il les fasse changer de civilisation.

1° Les partisans de la réforme sociétale ont fait valoir que les électeurs ayant voté pour François HOLLANDE avaient voté en connaissance de cause et qu’ils ne pouvaient donc pas être surpris qu’il veuille appliquer son programme, tout son programme, trente et unième [1] proposition comprise.

2° Ils ont fait valoir que cette loi devait être courageusement votée, comme la suppression de la peine de mort, même contre une large part de l’opinion publique [2], car une fois votée elle ne serait plus remise en question.

3° Ils ont fait valoir que les opposants à cette loi étaient manipulés par des obscurantistes rétrogrades sans aucune légitimé [3] ou/et aveuglés par une homophobie maladive.

4° La loi étant votée, tous ceux qui ont voulu faire prévaloir leur clause de conscience pour ne pas l’appliquer, se sont vu fustigés et condamnés comme refusant la discipline républicaine.

5° Enfin, ceux qui ont continué à manifester contre cette loi, même pacifiquement, ont souvent été interpellés et contraints à d’humiliants et dissuasifs contrôles d’identités, parfois musclés.

On peut aisément comprendre que, ne voulant pas combattre sur deux fronts à la fois, le gouvernement ait fait preuve, jusqu’à présent, de la plus grande mansuétude avec les opposants au projet d’aéroport à Notre Dame des Landes. Si cette mansuétude venait à perdurer, on serait obligé de s’interroger sur les critères et les règles de conduite qui déterminent la résolution ou le laisser-faire du gouvernement. En utilisant le discours et la méthode qui lui ont permis de mettre un terme à l’agitation créée par le vote de la loi Taubira, le gouvernement de Jean-Marc AYRAULT devrait pouvoir mettre un terme à l’agitation créée par les opposants au commencement des travaux aéroportuaires à 30 kilomètres de Nantes.

1° On peut faire valoir que les principaux opposants à l’aéroport de Notre-Dame des Landes ont massivement voté pour l’actuelle majorité présidentielle. Ils ont permis par leurs discours, par leurs accords électoraux et par leurs votes, la constitution du second gouvernement de Jean-Marc AYRAULT. Celui-ci, maire de Nantes, n’a jamais caché sa volonté de mettre en œuvre rapidement les travaux de construction de l’aéroport international réclamé par la quasi unanimité des élus [4], des collectivités territoriales, et les chambres économiques du Grand Ouest depuis cinquante ans.

Les électeurs qui ont voté pour que François HOLLANDE ait une majorité présidentielle ont voté en connaissance de cause et ils ne peuvent donc pas être surpris que le premier ministre, dont ils ont favorisé la prolongation à la tête du gouvernement, veuille appliquer son programme, tout son programme, aéroport de Notre Dame des Landes compris.

2° On peut faire valoir qu’une fois mis en service, comme la plupart des aéroports de grande correspondance, l’aéroport de Notre Dame des Landes, même construit sans l’aval d’une partie de l’opinion publique, ne sera plus remis en question.

3° On peut faire valoir que les opposants à l’aéroport sont manipulés par des politiciens idéologues ultra-minoritaires [5] aveuglés, pour nombre d’entre eux, par une haine maladive des progrès technologiques.

4° Alors que tous les recours administratifs sont épuisés, on peut faire valoir que ceux qui continuent à entraver physiquement le commencement des travaux ne peuvent plus invoquer la discipline républicaine. Ils sont les alliés objectifs des compagnies aériennes à bas coût qui profitent de la faible taille de nombreux aéroports pour leur imposer de fortes subventions.

5° On ne peut s’étonner que ceux qui manifestent en fanfare contre l’aéroport bénéficient de la complaisante bienveillance de tous les médias justiciers de l’environnement. Par contre, la tolérance et le mutisme du premier ministre et de son gouvernement sont de plus en plus incompréhensibles.

En effet, la plupart des collectivités territoriales impliquées dans le projet d’aéroport à Notre Dame des Landes (NDDL) sont dirigées depuis de très nombreuses années par des élus socialistes parfaitement instruits de l’importance et de la complexité de la construction de cette infrastructure régionale à vocation internationale. Depuis près de cinquante ans, à de très nombreuses reprises, les élus du Grand Ouest de toutes les étiquettes politiques ont été consultés et ont massivement apporté leur soutien au dossier NDDL qu’ils ne peuvent décemment prétendre aujourd’hui ne pas avoir eu le temps d’étudier.

On est donc obligé de constater que l’attentisme actuel du gouvernement sur le dossier NDDL n’est pas lié à la nécessité d’une énième étude de la validité du projet, mais à des contingences bassement politiciennes. La prudence du Premier ministre n’est pas due à des doutes qui pourraient soudain l’avoir envahi, du moins peut-on l’espérer, mais à la capacité de nuisance de tous les écolo-bobos qu’il redoute dans et hors de son gouvernement.

Les hésitations actuelles du gouvernement sont très lourdes de conséquences, car elles accréditent l’idée que le projet NDDL est un dossier mal ficelé. La France serait donc aujourd’hui aux mains de responsables politiques qui se sont laissé abuser par de « méchants lobbys » [6] et ont été unanimement incapables de comprendre, après cinquante ans de réflexion, l’évidente absurdité d’un dossier que le premier écologiste venu peut démontrer aisément, même lorsqu’il est occupé à construire d’inconfortables cabanes dans les bois de la lande bretonne.

Le renoncement définitif du gouvernement serait encore plus dramatique, car cela signifierait que tout projet de développement économique, fût-il le plus longuement étudié et le plus démocratiquement décidé, doit recevoir l’onction des écologistes les plus idéologues avant de pouvoir espérer être effectivement mis en œuvre. D’autre part, les priorités de certains écologistes étant changeantes, on ne peut prévoir longtemps à l’avance quelle nouvelle barrière verte il faudra franchir.

Lorsque la construction d’un troisième aéroport de taille internationale a été envisagé près de Paris, les nombreux opposants à ce projet ont fait valoir que, l’espace aérien parisien étant saturé et le futur aéroport de Notre Dame des Landes devant désengorger la région parisienne, il n’était nul besoin de construire un nouvel aéroport parisien géant.

L’aéroport actuel de Nantes (Bouguenais), où plus de 85 avions décollent et atterrissent chaque jour en survolant l’agglomération de Nantes à basse altitude, chaque jour plus bruyant, plus polluant et plus dangereux en raison des encombrements, devrait être fermé, en toute bonne logique écologique. Paradoxalement, il est paré aujourd’hui, par les opposants à NDDL, de toutes les qualités permettant de justifier l’ajournement, voire l’arrêt définitif, de la construction du nouvel aéroport.

On pourrait croire que, comme de plus en plus de nos contemporains, les écologistes expriment simplement des désirs contradictoires. Malheureusement il n’en est rien, il y a une logique dans leurs combats et leurs prises de positions apparemment fluctuantes. Cette logique, c’est celle d’un refus constant de tout ce qui ressemble à un progrès technologique, c’est celle d’une décroissance « salvatrice ».

Lors du grand rassemblement à NNDL des 3 et 4 août (2013), une manifestante interrogée par France 3 déclara très franchement la motivation essentielle de son opposition à la construction de l’aéroport : « Y’en a marre de tous ces progrès technologiques !  ».

Ainsi, tout projet important et ambitieux, déclaré « pharaonique », peut être cloué au pilori en raison de sa taille « insensée », et jugé par principe dangereux.

À la lumière des projets qu’ont réussi à retarder, ou à faire annuler, les organisations écologistes les plus activistes, on peut considérer que l’airbus 380 est une sorte de miraculé. En effet, il n’est pas sûr qu’aujourd’hui sa construction pourrait se dérouler sereinement.

Si des groupes de pression mal intentionnés avait eu la volonté de construire un argumentaire alarmiste propre à soulever l’indignation et la peur des riverains des aéroports d’où Airbus effectuait ses essais, ne doutons pas que des organisations écologistes « révolutionnaires n’auraient pas manqué de s’en faire les zélés propagandistes, fiers de montrer une fois de plus leur pouvoir et leur capacité de nuisance.

On sait aujourd’hui à quoi aurait pu ressembler un argumentaire anti A380. En raison de sa seule taille, l’aéronef aurait pu être diabolisé. Ce « monstre » des airs, pouvant transporter plus de 820 personnes, n’aurait pas manqué d’être jugé « écologiquement » nuisible et dangereux.

On ne peut qu’être admiratif de la force de conviction de certains « bons lobbys », notamment écologistes, qui arrivent en très peu de temps à faire partager leurs arguments à de nombreux Français.

Quand on cherche à comprendre comment certaines idées ultra-minoritaires arrivent si vite à recevoir l’assentiment d’une large partie d’une population qui lui était initialement indifférente, voire carrément hostile, on retrouve presque toujours les ressorts psychologiques les plus classiques utilisés par les publicistes, notamment les ressorts de ce que le philosophe français René GIRARD appelle le « désir mimétique ».

Tous ceux qui ont participé de près à une campagne électorale ont pu constater que, les soirs de victoire, le nombre de ceux qui se déclarent supporters de l’heureux élu est souvent supérieur au nombre de votants pour le vainqueur. La peur de ne pas être aimé empêche la plupart des gens d’affirmer leurs convictions si elles semblent ou sont minoritaires. Ce phénomène explique l’évolution des opinions en fonction des sondages et en fonction du discours dominant dans les médias.

Les publicistes utilisent cette faiblesse humaine.

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Les lobbies font de même. C’est ainsi qu’ils arrivent à faire que des idées qui paraissaient impensables, recueillent, à en croire les sondages, un soutien majoritaire.

Pour pouvoir se prévaloir rapidement du soutien majoritaire de l’opinion, les lobbies ont tendance à instruire le procès en légitimité de leurs opposants, en les diabolisant. En dépeignant leurs adversaires comme étant infréquentables, en récusant leurs principaux et leurs plus nombreux opposants, les lobbyistes, revêtus de la parure du juste et du bon, reçoivent le soutien actif ou passif de tous ceux qui ont pour obsession d’être tout à la fois, dans le camp du bien, dans le camp du vainqueur et dans le sens de l’histoire [7]. Ce fameux sens de l’histoire dont toutes les pensées totalitaires ont usé et abusé.

Pour tétaniser les opposants, reste l’attaque ad hominem [8]. Staline était expert en ce domaine. Il expliquait que la façon la plus simple de neutraliser un réfractaire est de le traiter de fasciste ou de l’accuser d’appartenir à une association secrète. Comme disait élégamment Staline, tandis que l’intéressé s’escrime à se défendre de ces accusations mensongères, vous avez tout loisir de lui baisser le pantalon.

Le projet d’aéroport à Notre Dame des Landes n’est certainement pas parfait mais il répond assurément à la plupart des longues (cinquante ans) préoccupations de tous ceux qui imaginent un avenir économique au grand ouest de la France. Depuis de nombreux mois, les médias reprennent tellement complaisamment les arguments des opposants à l’aéroport qu’on pourrait douter de la santé mental des initiateurs du projet. Pour se convaincre au contraire, que les concepteurs ne sont pas fous, il suffit de lire l’article Arguments POUR Notre Dame des Landes, mis en ligne par Mediapart en mars 2012 :

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Il est intéressant de noter qu’en décembre 2009, le Comité de soutien à Ségolène ROYAL, en Pays de Vannes, mettait en ligne sur son blog un chaud plaidoyer pour le projet d’aéroport. Le titre est sans équivoque : Rétablir la stricte vérité sur l’aéroport Notre Dame des Landes : un projet phare :

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Le 2 octobre 2011, on put lire dans Presse-Océan : Ségolène Royal, de passage à Nantes, dans le cadre des primaires, déclare : « Oui, je vous dis très clairement : je prendrai la décision de rouvrir l’enquête publique sur cet aéroport ». En déclarant à Nantes hier que, si elle était élue, elle remettrait en cause le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Ségolène Royal a mis une très grosse pierre dans le jardin de Jean-Marc-Ayrault. Le maire de Nantes, qui soutient François Hollande, n’a pas du tout apprécié.

Donc, Ségolène ROYAL a cessé de défendre le projet d’aéroport dès que le maire de Nantes a cessé de soutenir ses ambitions politiques. Bien sûr, il s’agit d’une simple coïncidence, car on ne peut imaginer que ce changement de point de vue soit dû à un mesquin esprit de vengeance.

Les prochaines élections municipales vont certainement polluer encore plus le débat et diminuer, pour des considérations très locales, ce qui fait l’intérêt du projet, sa cohérence régionale.

Pour que l’aéroport garde sa pleine pertinence économique et écologiste, il faut que l’aéroport de Nantes Bouguenais ferme totalement et que tous les aéroports du Grand ouest cessent de vouloir jouer dans la cour des grands, notamment Rennes et Angers.

Il est regrettable que le projet d’aéroport soit pris en otage par des élus, plus soucieux de l’avancée de leur carrière que du réel développement économique du pays.

En bonne logique républicaine, le projet de Notre Dame des Landes devrait pouvoir être mis en œuvre sereinement puisqu’il a reçu l’onction de toutes les structures de décisions locales et nationales. Il est navrant que Jean-Marc AYRAULT, Premier ministre, ne puisse plus faire avancer le chantier du maire de Nantes, pour des contingences purement politiciennes.

Si le gouvernement, qui est resté inflexible devant les nombreux opposants au mariage pour tous, cédait au diktat de ses alliés EELV et de quelques activistes écologistes, il remettrait gravement en cause le pacte républicain qui repose sur la légitimité de la démocratie représentative.

Pour le développement économique du Grand ouest et pour une démocratie apaisée et respectée, l’aéroport de Notre Dame des Landes doit être construit.

Paul CLÉVELOT

[1] Les 60 propositions de François HOLLANDE : 31 J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels.

[2] Contre une large part de l’opinion publique. Dans une démocratie représentative digne de ce nom, les sondages sont des indicateurs de l’opinion publique à un moment donné, mais seul le résultat du vote éclairé des électeurs exprime leur conviction profonde. Il est donc impossible de se baser sur de simples enquêtes d’opinion pour évaluer le soutien ou l’opposition réelle d’une population à un projet.

Le 29 mai 2005, les résultats du référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe démentit tous les sondages qui avaient été réalisés avant que les citoyens ne deviennent électeurs. On ne peut donc pas prétendre que le parlement vote pour ou contre l’opinion publique, alors que les électeurs n’ont pas été formellement consultés.

Si statistiquement 62 % des Français se déclaraient encore hostiles à l’abolition de la peine de mort la veille du vote à l’Assemblée, les élites du pays, notamment culturelles et religieuses, toutes tendances politiques confondues, étaient, elles, très majoritairement favorables à l’abolition, largement influencés par les idées de 68, qui faisaient des criminels des victimes de la société.

En 1978, un groupe d’étude pour l’abolition de la peine de mort avait été constitué à l’Assemblée nationale le 21 juin, à l’instigation de Pierre Bas, député UDF (centre droit). En octobre, ce groupe avait tenté de faire passer l’abolition de la peine capitale, par le biais de la suppression de la somme allouée à la rémunération du bourreau et l’entretien de la guillotine, imitant en cela la procédure adoptée en 1906. 15 juin 1979, la Commission des Lois de l’Assemblée nationale avait voté l’abolition de la peine de mort.

Il est donc abusif de dire qu’en 1981 les parlementaires ont fait preuve d’un grand courage en votant le 18 septembre 1981 l’abolition de la peine capitale (proposition 53 des 101 propositions de François MITTERRAND). Il est aussi abusif de rapprocher l’attitude des opposants à la loi Taubira de celle des opposants à la loi Badinter. Si, après de longs atermoiements, les élus de droite, courant après leur électorat naturel, ont massivement voté contre la loi offrant le mariage pour tous, ils ont été nombreux à voter la loi Badinter.

La loi Badinter a été votée dans un climat assez serein, sans manifestation de grande opposition, ce qui n’a pas été du tout le cas de la loi Taubira. Celle-ci n’a pu être votée que grâce à la confortable majorité de gauche que le mode de scrutin a envoyé à l’Assemblée nationale. Avec une Assemblée élue à la proportionnelle stricte, il est probable que le vote aurait été délicat, voire impossible.

En septembre 1981, cinq mois après l’arrivée au pouvoir de François MITTERRAND, un référendum n’aurait vraisemblablement pas infirmé le vote des parlementaires. C’est sans doute pourquoi aucun opposant à la loi ne proposa son organisation.

En avril 2013, un an après l’arrivée au pouvoir de François HOLLANDE, le résultat d’un référendum aurait été très incertain. C’est pourquoi le gouvernement refusa immédiatement la forme référendaire qui lui était instamment réclamée par l’opposition.

[3] Sans aucune légitimité. Dans une démocratie représentative, les élus sont les représentants légaux de leurs électeurs et restent leurs représentants légitimes tant que la politique à laquelle ils apportent leur soutien ne heurte pas les convictions profondes de ceux qui les ont élus. C’est ainsi que le gouvernement de Vichy a pu, à la fois être considéré comme légal et légitime en juillet 1940 lorsqu’il demanda la signature de l’armistice avec l’Allemagne à l’immense soulagement d’une très large majorité de Français et devenir illégitime dès le 30 octobre 1940, lorsque que le maréchal PÉTAIN décida tout seul d’engager la France dans une politique de collaboration avec l’Allemagne, à la grande honte d’une non moins grande majorité de Français.

La démocratie garantit la liberté d’expression et le droit de manifester. Lorsque les citoyens sont insatisfaits de la politique qui est conduite en leur nom, ils peuvent donc légitimement exprimer et manifester la hauteur de leur désaccord. Et tous ceux qui ont les mêmes convictions reconnaissent naturellement comme porte-paroles les personnalités partageant leur opinion.

Il n’est donc pas étonnant que, pour préserver leur légitimité et éviter les hasardeuses dissolutions, tous les chefs d’États démocratiques s’efforcent de sous-estimer le nombre des manifestants qui contestent leur politique et cherchent à minimiser la représentativité de leurs opposants les plus déterminés .

Mettre en doute la puissance d’un adversaire est un exercice convenu qui ne doit pas être mené jusqu’à la caricature. Car, lorsque le responsable politique se révèle lourdement contredit par les faits, il perd une grande part de sa crédibilité.

Le 29 novembre 2012, lors de l’audition des responsables religieux à l’Assemblée nationale sur le projet de loi du Mariage pour Tous, Alain TOURRET, député PRG du Calvados, s’en est violemment pris à l’archevêque de Paris, le cardinal Jean Vingt-trois. Son intervention mérite d’être réécoutée car elle constitue un monument, probablement indépassable, de discours anticlérical des plus révisionnistes et des plus haineux :

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Passant sur les arguments du cardinal avec la plus grande désinvolture, le député Alain TOURRET prit un immense plaisir à mépriser l’archevêque, chef d’un lobby, l’Église catholique de France, qui n’a plus à ses yeux aucune légitimité, car « elle s’est toujours trompée » et ne représente plus rien : « Vous lancez vos troupes, vos évêques, vos catholiques s’il en reste » mais « restez plutôt sur le plan philosophique » et« laissez aux élus la responsabilité de décider ! »

Il est cocasse d’entendre un représentant du Parti radical de Gauche prétendre distribuer des certificats de légitimité et de représentativité. La dernière fois que le PRG s’est compté au niveau national, à l’élection présidentielle de 2002, la candidate n’obtint que 2,32%. En 2012, les radicaux de gauche n’ont pu constituer un groupe parlementaire de 15+1 députés que grâce à la bienveillante sollicitude du Parti socialiste, leur « nourrice politique » vitale.

Si les élus de la majorité présidentielle ont été surpris par l’importance de la mobilisation des opposants à la loi pour le mariage pour tous, lors des trois grandes manifestations des 17 novembre 2012, 13 janvier [340 000 (chiffre police) à 800 000 personnes (chiffre organisateurs)] et 26 mai 2013 [300 000 (chiffre police) et 1,4 million (chiffre organisateurs)], c’est qu’ils méconnaissaient quelques données fondamentales de la société française. Le tableau récapitulatif ci-dessous, établi à partir de données accessibles à tous, devrait permettre d’éviter de nouvelles erreurs d’appréciation.

Le vendredi 17 août 2012 on pouvait lire dans Le Monde : « Au-delà de la question du mariage pour tous et de l’adoption par les couples de même sexe, certains, à l’instar du Parti radical de gauche (PRG), voient dans la démarche de l’épiscopat français une atteinte à la laïcité. « L’Église n’a aucune légitimité démocratique pour s’immiscer dans le débat politique en France », a affirmé Pascal-Éric LAMY, secrétaire national à la laïcité au PRG.

Il est cocasse d’entendre Pascal-Éric LAMY et Alain TOURRET, représentants d’un parti qui a autant d’élus que de militants réguliers, qui réunit au maximum 3 000 adhérents par mois, quand toutes les sections se réunissent, contester la légitimité du président de la Conférence des évêques de France, qui peut s’exprimer en tant que représentant des 2 600 000 fidèles qui vont à la messe tous les dimanches.

*** Le nombre d’adhérents des associations et des partis politiques est un élément essentiel de leur représentativité, c’est pourquoi il est souvent « optimisé ». Le nombre déclaré correspond généralement à la somme de toutes les adhésions enregistrées depuis la création de l’organisation. Il est supérieur à la réalité car les adhérents qui ne payent plus leur cotisation restent comptabilisés. Les nombreuses batailles de chiffres, que ne manque pas de provoquer la désignation des instances dirigeantes des partis, et la connaissance intime du militantisme dans les grands partis permettent d’estimer le nombre réel de leurs militants réguliers.

[4] Quasi unanimité des élus représentés au Syndicat mixte aéroportuaire, structure de coopération inter-collectivités à l’échelle du grand ouest, constituée pour accompagner la réalisation de l’aéroport, dont la maîtrise d’ouvrage est assurée par l’État et son délégataire AGO. Il regroupe 22 collectivités, dont six participent au financement de la plateforme aéroportuaire.

A ce jour, il regroupe : 2 Régions : Pays de la Loire, Bretagne / 5 Départements : Loire-Atlantique, Ille-et-Vilaine, Morbihan, Mayenne, Maine-et-Loire / 5 Agglomérations : Nantes Métropole, CARENE, Cap Atlantique, Rennes Métropole, Angers Métropole / 10 Communautés de Communes : Loire-et-Sillon, Erdre-et-Gesvres, Pays d’Ancenis, Pays de Pontchâteau Saint-Gildas-des-Bois, Région de Blain, de Nozay, Cœur-d’ Estuaire, Redon, Derval et Castelbriantais.

[5] Ultra-minoritaires. Pour reprendre l’expression de Pascal-Éric LAMY, secrétaire national à la laïcité au PRG, quelle est la légitimité démocratique des opposants à l’aéroport de NDDL ? Que représentent-ils ? Lors des dernières élections présidentielles, les électeurs opposés à la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes avaient la possibilité de voter pour les candidats qui avaient fait connaître leur opposition au projet. Madame Éva JOLY ayant été la plus virulente contre l’aéroport, son score électoral permet de mesurer l’importance que les électeurs attachent à l’arrêt éventuel de ce projet. On peut d’autre part imaginer que si ce projet était rejeté, il devrait l’être massivement par les premiers électeurs concernés par l’ouverture de ce chantier. Ainsi, les scores des candidats opposés au projet et ceux des candidats qui lui sont favorables devraient être affectés par la distance au futur aéroport.

Les résultats obtenus sont éclairants :

Éva Joly peut se féliciter d’améliorer son score électoral lorsqu’on se rapproche de Notre Dame des Landes. Si les candidats HOLLANDE et SARKOZY font un score inférieur à leur moyenne nationale sur la commune de Notre Dame des Landes, les cantons autour de Notre Dame des Landes et la Loire Atlantique votent comme le reste du pays. Notons que le bon résultat des écologistes à Notre Dame des Landes doit être relativisé. Le score triple sur la commune de celui du score national représente un nombre d’électeurs minime. En effet pour 1480 électeurs potentiels et un taux de participation de 85,96%, les 5,89% obtenus par Éva JOLY ne représentent que 4,10% des inscrits, soit 60 voix.

Les résultats du premier tour des élections législatives de 2012 confirment les résultats des élections présidentielles. Yves DANIEL, exploitant agricole, défenseur du projet d’aéroport, membre du Parti socialiste est élu sur la 6e circonscription (Cantons de Blain, Châteaubriant, Derval, Guémené-Penfao, Moisdon-la-Rivière, Nort-sur-Erdre, Nozay et de Saint-Julien-de-Vouvantes) en battant le député sortant, Nouveau centre, Michel HUNAULT. On peut noter que Yves DANIEL est majoritaire sur la commune de Notre Dame des Landes.

A moins que les électeurs n’aient complétement changé d’avis, les milliers de manifestants qui défilent périodiquement à Notre Dame des Landes contre la construction de l’aéroport ne sont donc pas majoritairement des électeurs de la région. Les médias peuvent affirmer sans risque d’être contredits que la plus grande part des opposants à Notre Dame des Landes n’est pas du coin.

[6] Méchants lobbies et bons lobbies : Toutes les personnalités, toutes les organisations, tous les groupes, tous ceux qui font obstacle à nos désirs ne peuvent être motivés que par de sombres et secrets desseins. Ils forment les méchants lobbies que l’on ne peut définir précisément puisqu’ils sont occultes. Tous les groupuscules activistes qui, croyant détenir la vérité, provoquent l’État de droit en commettant divers délits, appartiennent aux bons lobbies, car les délits qu’ils commettent, requalifiés par eux d’actes citoyens, ont pour seul but d’éveiller les consciences pour le bien de la planète et le salut de l’humanité.

[7] Les philosophies de l’histoire, qui présupposaient l’existence d’un « sens de l’histoire » indépendant de la volonté consciente des acteurs, mais accessible à quelques initiés, détenteurs d’une science infaillible, ont échoué dans les grandes largeurs. Elles s’étaient simplement trompées sur le but final. « Nous disposons de centaines, que dis-je, des milliers de livres, en toutes les langues, qui nous expliquent comment s’effectue la transition inéluctable du capitalisme au socialisme ; mais il n’y en a aucun qui nous explique comment passer du communisme au libéralisme  » – ironisait un universitaire polonais, il y a une vingtaine d’années.

L’effondrement du système soviétique fut une grande surprise, surtout pour tous ceux qui ne le connaissaient pas ou n’avaient pas cherché à le connaître. Les communistes avaient réussi à persuader les plus anticommunistes que l’histoire avait un sens, un seul sens, et que donc le passage au communisme était irréversible. Le marxisme étant déclaré « scientifique », il ne pouvait que s’imposer à terme comme toutes les lois de la physiqu Aujourd’hui, cela peut sembler exagéré. Pourtant, ce fut la réalité. Des centaines d’économistes avaient théorisé sur la transition au socialisme, mais pratiquement aucun n’avait modélisé le passage de l’économie dirigée à l’économie de marché. Les quelques aventuriers qui faisaient l’effort d’étudier le fonctionnement et les dysfonctionnements de l’économie soviétique étaient souvent raillés et plus considérés comme des entomologistes (spécialistes des fourmilières) que comme des économistes.

La désintégration du système communiste d’Union Soviétique s’est brusquement emballée, comme une réaction en chaîne, en 1988. Frappés d’une étonnante amnésie, les commentateurs politiques se sont empressés d’oublier les savantes, et finalement fausses, analyses qu’ils avaient publiées pendant plusieurs dizaines d’années pour les plus âgés. Est-ce que personne n’avait rien vu venir ?

Bien sûr que non !

Comment alors expliquer cette incapacité à annoncer l’événement ? Pour ceux qui n’ont pas connu cette période, surtout pour ceux qui étaient trop jeunes pour avoir connu le " Communisme triomphant ", c’est proprement incompréhensible. Pour les autres, un petit effort de mémoire n’est pas superflu.

Depuis la décomposition du système communiste soviétique, le vocabulaire a changé. Avant son pitoyable naufrage, le marxisme-léninisme qui s’était proclamé " scientifique " ne laissait pas beaucoup d’espace aux esprits tendres. Aussi sûrement qu’un caillou jeté en l’air doit redescendre sur le sol, la révolution communiste devait triompher puisque l’histoire avait un sens. Pour mieux faire oublier leur mutité pendant l’occupation, les " intellectuels " français soutenaient depuis la Libération majoritairement ce point de vue. La victoire de l’Armée rouge, suivie de la fulgurante expansion des régimes communistes sur la planète, renforçaient la conviction de tous ceux qui ont rêvé de pouvoir jouer les chevaux après leur arrivée. Mêmes les esprits critiques les plus indépendants, taxés d’" anticommunistes primaires ", avaient fini par lassitude à admettre que l’histoire devait avoir un sens unique, et que l’homme qui voulait nager à contre-courant avait toutes les chances de mourir d’épuisement.

Le communisme soviétique n’est plus là, mais l’usage de la notion de sens de l’histoire persiste. Lorsque les opposants sont condamnés non pas pour ce qu’ils disent, mais pour ce qu’ils sont supposés être, d’affreux réactionnaires. Ils sont déclarés coupables de faire tourner la roue de l’histoire à l’envers, ils sont condamnés au nom d’un sens de l’histoire qui n’a jamais existé.

[8] Ad hominem : Le 1er septembre 2013, le quotidien Midi-Libre, après Libération, a offert près d’une page à Greenpeace pour lui permettre d’épingler députés et sénateurs accusés personnellement d’être sous l’influence (presque esclave ?) du lobby nucléaire :

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Greenpeace comme de nombreuses officines activistes, a un fonctionnement pour le moins obscur, qui est dénoncé par de nombreux anciens responsables repentis :

Bennett Metcalfe (co-fondateur de Greenpeace)– The Rainbow Man, 1993.

«  Je pense qu’ils se sont engagés dans de nombreux thèmes, dont beaucoup sont critiquables et certains sur lesquels ils sont totalement butés, comme par exemple avec les OGM. S’ ils sont tellement inquiets au sujet de la santé humaine, pourquoi ne s’attaquent-ils pas au tabac ? »

Patrick Moore (co-fondateur de Greenpeace)– New Scientist, 25/12/1999

«  C’est un système très fermé qui fonctionne de façon non démocratique et avec beaucoup d’argent. »

François Breteau, (ancien dirigeant de Greenpeace France)

« La seule obligation de résultat de l’organisation est de faire la une des médias de temps en temps. C’est un système très pervers. L’important est de trouver quelques mots magiques qui feront « tilt » dans l’opinion publique. En outre, Greenpeace International décide de tout ce qui se fera en France et l’organisation fait preuve d’un intégrisme inouï. »

Philippe Lequenne (président de Greenpeace France de 1988 à 1991)– La Tribune-Desfossé, 03/02/1993

«  Ils sont pourris jusqu’à l’os. C’est dommage, on aurait pu faire de grandes choses. »

«  Greenpeace est devenu la caricature du nouveau riche. Ils ne savent pas quoi faire de leur argent mais ils le gardent soigneusement pour eux. » «  Je dénonce l’absence de démocratie interne dans Greenpeace. Pour entreprendre la moindre action, les capitaines de ses navires sont obligés d’attendre le feu vert de zozos installés dans un bunker à Amsterdam, qui décident en fonction de je ne sais quel impératif médiatique, politique ou économique. »

«  Le pouvoir de Greenpeace provient de la complicité des médias qui raffolent d’images avec un peu de pathos et de science. C’est un cocktail parfait. La démagogie exercée à l’échelle mondiale est le meilleur des financiers. »



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