Institut de coopération

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N° 77 Comprendre, vouloir, agir.
___Coopération internationale, aide et assistance ?

jeudi 25 janvier 2018.
Quand ICEO a l’obligation morale de poursuivre ses analyses et ses études de terrain.

À l’heure de l’hyper-mondialisation de l’économie et des échanges, aucun pays occidental ne peut relever seul les défis qui lui sont lancés, ni ne peut résoudre les grandes crises auxquelles il doit faire face. De même qu’en science, c’est en ayant recours à des savoirs extérieurs à leur domaine de prédilection que les chercheurs font leurs plus grandes découvertes, c’est en s’ouvrant vraiment aux problèmes des autres, en leur portant assistance avant qu’ils ne soient dans une totale déréliction, que les pays se donnent les meilleures chances de trouver la solution la plus pérenne à leurs propres problèmes.

Les associations et les ONG, à vocation essentiellement humanitaire, font appel à l’élan du cœur de leurs donateurs auxquelles elles relient leur générosité. Les actions de coopération internationale ne peuvent se mettre efficacement en œuvre sans une grande part d’empathie et de compassion, mais, elles, ont le devoir premier de rester guidées par la raison.

Appel à l’élan du cœur

Le débat qui agite actuellement les médias est devenu complètement caricatural. En raison de ce que l’on en vient à appeler le « politiquement correct » et/ou la « pensée unique », les électeurs européens, qui se sentent mal compris et totalement abandonnés apportent leur suffrage à des partis « populistes », quand ils daignent encore voter.

En mettant au pilori médiatique les « ceux-qui-votent mal », au nom de la morale, sans chercher le moins du monde à mesurer la souffrance de ces électeurs, les responsables politiques des partis de gouvernement et les leaders d’opinions, non seulement n’ont pas fait reculer les votes extrémistes, mais ils ont fini par désespérer les habitants des territoires les plus délaissés.

Depuis la Révolution d’octobre, à la lumière de la pensée marxiste, durant les cours d’Histoire, on a appris qu’il n’y avait pas de bouleversement politique sans causes objectives.

La Révolution française revisitée, est ainsi présentée comme due à des problèmes climatiques et à de mauvaises récoltes. La naissance du nazisme est liée, autant au traité de Versailles qu’aux conséquences du krach de 1929.

Bizarrement, pour ces votes extrêmes, accusés d’ouvrir la voie à un nouveau fascisme, les causes imputées restent principalement morales. Pour les directeurs de bonne conscience, une explication simpliste s’impose. Si les électeurs font un «  mauvais vote » c’est parce qu’ils ont un « mauvais fond », c’est la preuve qu’ils sont racistes et égoïstes. Peut être, comme Manuel VALLS à propos des djihadistes, sont-ils convaincus que : « Essayer de comprendre, c’est déjà excuser  » ?

Depuis 2015, suite aux nombreuses et diverses attaques terroristes islamiques, suite au flux migratoire massif de l’été, après le vote du Brexit en juin 2016, l’Union européenne est entrée dans une crise que l’on peut qualifier d’existentielle. À chaque épreuve, les responsables politiques semblent un peu plus désarmés, incapables de montrer un chemin qui puisse faire consensus. Les condamnations morales collectives qui fleurissent dans la presse n’aident en rien à faire émerger des solutions. Elles ne font au contraire que renforcer la méfiance des populations qui ne veulent pas se laisser guider n’importe où, pour faire n’importe quoi, avec n’importe qui.

Dans les pays occidentaux, les élites mondialisées sont de plus en plus sourdes et indifférentes aux malheurs de ceux que leurs conditions de vie ont assigné à résidence. Lorsque les responsables politiques des partis, qui représentent les intérêts des gagnants de la mondialisation, idéalisent la richesse des sociétés multiculturelles et prônent un large et généreux accueil de populations immigrés, ils montrent qu’ils méconnaissent totalement les difficultés propres aux populations les plus déshérités pour vivre dans un espace multiculturel.

Pour les hommes, vivre sur la même terre a toujours été très difficile. Aujourd’hui, la diminution de leur espace vital les contraint à définir sans délai les règlements de leur cohabitation économique et culturelle.

Bienvenue à Davos

Cette année, le Forum économique mondial de Davos, qui a lieu du 23 au 26 janvier, a choisi pour thème : « Creating a Shared Future in a Fractured World ». Nul doute que les perdants de la mondialisation rêvent d’un temps où la traduction mot à mot de cette phrase « Créer un Futur Partagé dans un Monde Fracturé » puisse se traduire pour eux réellement dans les faits.

En 2014, 85 personnes possédaient autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. En 2015, ce groupe de milliardaires passait à 80. En 2016, il passait à 62. En 2017, le groupe possédant autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale se réduisait à 8 personnes.

Il faut donc saluer la clairvoyance (ou le cynisme ?) des organisateurs du forum de Davos quand ils pointent l’importance du partage, car jamais le décalage entre les plus riches et les plus pauvres n’a été aussi important.

Avant de partir pour la Suisse, les dirigeants d’IBM se demandent : « How can we build an inclusive future for all in a world that has become politically, economically and socially fragmented ? ». La traduction de cette phrase est complexe et riche d’enseignements. « Comment pouvons nous construire un futur inclusif (ouvert, intégrateur, solidaire, accueillant, participatif) dans un monde qui est devenu fragmenté, politiquement, économiquement et socialement ».

On note bien sûr l’absence de l’adverbe culturellement, ce manque n’est pas un oubli, il marque symptomatiquement le peu d’importance que les mondialistes accordent aux antagonismes et aux différents culturels. Car paradoxalement, les plus prompts défenseurs des sociétés multiculturelles, sont intimement convaincus qu’il n’y a qu’une culture qui vaille, une culture d’avenir a vocation universelle, la leur, la culture globale.

Bien évidemment les fondateurs d’ICEO ne partageaient pas ce point de vue, et les adhérents de l’Institut ne partagent toujours pas cette façon de voir le monde, c’est pourquoi depuis près de 30 ans il ne cessent d’expliquer l’importance cardinale de leur devise : «  - Apprendre à se connaître, pour savoir se comprendre - ".

En amont de toute coopération scientifique ou économique

Le premier Président d’ICEO, le professeur Jean CASTEL, qui fut un maître en coopération internationale pour des centaines d’étudiants et de collègues, tenait toujours à rappeler à ceux qui faisaient appel à ses conseils que : « en amont de toute coopération scientifique ou économique d’envergure il faut une coopération culturelle ».

Pour comprendre les autres, il faut se donner la peine d’apprendre patiemment et longuement à les connaître. Ceux qui ont eu la faiblesse de croire que pour faire de bonnes affaires à l’étranger il suffisait de parler globish pour trouver rapidement les indispensables partenaires dont ils avaient besoin, ont très souvent vécu de grands déboires.

En mettant en commun les réseaux personnels qu’ils ont établis après plusieurs dizaines d’années de coopération dans différents pays de l’Europe centrale et Orientale, la centaine d’adhérents d’ICEO [1] à réussi à constituer, dans les anciens pays de l’Est soviétique et dans les Balkans, un réseau collectif de correspondants et d’informateurs exceptionnels, tous fidèles en amitiés. Plusieurs programmes de coopération se poursuivent, notamment celui avec l’Université de Cracovie (Jagellonne), qui a aujourd’hui 31 ans.

Grâce à la qualité de ce réseau, aucune des analyses publiées dans les articles mis en ligne sur le site web d’ICEO n’a été démentie par les faits. En utilisant les grilles de lecture qu’ils avaient établies tout au long de leurs nombreuses années de coopération internationales, les plus anciens membres de l’Institut ont pu aisément décrypter les subtilités culturelles des nouveaux pays avec lesquels ils étaient amenés à coopérer.

La connaissances approfondie des sociétés multiculturelles que les membres d’ICEO ont acquise tout au long de leurs années d’activité professionnelle et associative leur fait le devoir de s’exprimer librement sur le sujet. Pour ne pas laisser les gens qui n’ont pas eu la chance d’acquérir leur expérience, seuls, démunis face à des accusateurs publics enclins à voir du racisme, là où il n’y a qu’incompréhension et désarroi, ICEO a l’obligation morale de poursuivre ses analyses et ses études de terrain.

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[1] Depuis sa création en décembre 1989, l’Institut de Coopération avec l’Europe Orientale a compté, en plus de trente ans d’existence, en France près de trois cents membres différents, et presqu’autant de correspondants dans les PECOs. Le nombre d’adhérents impliqués chaque année a oscillé autour de cent. Car ICEO, en raison de l’âge avancé de beaucoup de membres a eu malheureusement la tristesse de déplorer la mort de nombreux amis. Parmi la centaine d’adhérents qu’ICEO compte encore aujourd’hui, on trouve cinq des huit membres fondateurs encore vivants et une cinquantaine de membres ayant adhéré avant 1993.

[ COMMENTAIRES]

[ Le 25 janvier 9 H00, Alain M. (Chartres 28000) :] Bonne année à tous et félicitations pour votre travail. Bon courage !



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